DE LA RÉVOLUTION. Iig
e te repoussées à la porte de l’orangerie : celles de la reine se présentent à la porte dudragon ; elles sont repoussées de même avec toute la suite qui les accompagnait àcheval. Alors des chevaux de main , postés d’avance dans le parc , deviennent inutiles ,et sont ramenés aux écuries. D’ailleurs le roi avait déclaré positivement que , quoiqu’ilput arriver , il ne partirait pas ; « qu’il aimait mieux périr pour son peuple que de faire“ périr pour lui des milliers de Français , et d’entraîner peut-être dans sa chute leM royaume entier avec lui.»
Vers minuit le bruit des tambours annonce l’armée parisienne. Tandis qu’elle se formaits Ur la place d’armes , et que , fraternellement accueillie par la garde nationale de Ver-sailles , elle prenait possession de ses casernes , le général se rendait auprès du roi ,après s’être présenté d’abord à l’assemblée nationale. Toute la cour , suspendue entre^ espérance et la crainte , se pressait sur son passage , et tâchait de démêler sur sa figureauquel de ces deux sentimens elle devait se livrer. Il traverse les appartemens , entredans le cabinet du roi , et n’en sort qu’après avoir obtenu l’ordre de faire prendre parta garde parisienne et par les gardes-françaises les postes que les gardes-du-corps occu-paient depuis la révolution. Ces soldats , et sur-tout ceux des compagnies du centre ,rçui n’étaient venus à Versailles que pour exiger qu’on leur donnât cet ordre , s’empressentd’y obéir ; les voilà remis en possession de cette garde qu’ils avaient toujours regrettée.Tes gardes-du-corps , les Suisses et les cent-Suisses restent à leurs autres postes accou-tumés. Désormais tout paraît tranquille. Les habitans de Versailles font à ceux de Paris üue réception hospitalière ; les uns les logent dans leurs maisons „ d’autres dans lese difices publics, dans les églises , où ils font porter tout ce qui peut leur faire passery u peu commodément le reste de la nuit. L’assemblée nationale, jusques-là permanente ,Se sépare à trois heures , sur les avis rassurans que lui fait donner M. de Lafayette ; etcelui -ci, rendu de fatigue , se confiant dans les mesures qu’il avait prises , mais quifurent insuffisantes , se retire à son logement, et se livre au sommeil.
Le jour commençait à paraître : le peuple sort, s’avance par colonnes vers le château ;Uouve ( chose incroyable ! } des portes , des grilles ouvertes , non gardées , et pénètrePar différentes issues jusques dans la cour royale. Les gardes-du-corps prennent lesarmes. Un homme est hlessé au bras , un autre tué d’un coup tiré par une croisée.Source de rage et de fureur pour le peuple déjà irrité , soit par la faim, soit par leshommes aux gages de d’Orléans . Cris de mort contre tous les gardes , contre la cour ,contre la reine. Les escaliers sont investis , les premiers appartemens forcés , les portesintérieures attaquées. Les gardes-du-corps veulent repousser l’attroupement , et sauverla famille royale confiée à leur garde ; plusieurs sont blesses , renverses , foules auxpieds ; les autres se replient , font avertir la reine , qui a le temps de se sauver eche-Velée , demi-vêtue , dans l’appartement du roi. Cependant le tumulte extérieur augmente;011 attaque , on secoue les portes de l’œil-de-bœuf ; on les assaille à coups redoublés.Tn instant après , le bruit cesse ; on frappe doucement à la porte. La garde nationaleest introduite. M. de Lafayette la présente au roi , qui l’appelle son libérateur.
Alors, dit un historien , disparurent les scènes sanglantes du matin. Les soldatsParisiens embrassent avec franchise les gardes-du-corps. Ceux-ci prennent la cocardeUicolore , et jettent leurs baudriers aux gardes nationaux ; on change de chapeauxe t d’épées. Le roi passe à son balcon pour se montrer au peuple. Le peuple aux crisVive le roi mêle avec une ardeur impatiente ces autres mots , Le roi à Paris ! Lareine se montre à son tour entre sa fille et son fils. Les memes cris se font encoreeil tendre ; c’est le vœu général. I/e roi y cède enfin : il déclare quil ira a Paris , àcondition que ce sera avec sa femme et ses enfans. Cette nouvelle est reçue avec
a ccIamations.