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Tome premier.
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i22 TABLEAUX HISTORIQUES

et de ses enfants. Une voix crie, Le roi a Paris ! le peuple et l’armée répètent, le roià Paris ! M. de Lafayette annonça aussitôt le dessein où étoit ce monarque de céderau vœu de la capitale. L’assemblée nationale décréta que le roi et le corps constituantseroient inséparables pendant la session actuelle.

Le roi et sa famille se mirent en marche vers deux heures après midi , escortés parune députation de cent représentants du peuple , précédés d’une armée entière etenvironnés d’une multitude innombrable. Us étoient montés en voiture depuis uneheure ; mais la foule accumulée autour d’éux avoit retardé leur départ. La même causeles contraignit de faire toute la route avec une extrême lenteur.

Cette armée qui les précédoit ne marchoit pas , comme la veille , en rangs serrés eten ordre de bataille. L’avant-garde étoit suivie ou plutôt entre-mêlée d’une grandepartie des hommes et des femmes qui avoient fait l’expédition de Versailles ; cettehorde de brigands qui portoit en triomphe les preuves de ses forfaits , les têtes lividesde ses victimes , précédoit la marche. Des femmes qui accompagnoient l’avant-gardede l’armée , les unes étoient à pied , d’autres dans des fiacres , quelques unes sur deschariots ou sur le train des canons ; plusieurs étoient de la tête aux pieds couvertesde rubans et de cocardes nationales : et malheur aux rubans noirs ou verds qu’ellesrencontroient sur leur chemin 5 elles les demandoient ou les arrachoient aux specta-trices , les fouloient aux pieds et les traînoient dans la fange. Les hommes portaient desbandoulières , des chapeaux , des épées de gardes-du-corps : tous faisoient éclater leurjoie par leurs discours , leurs gestes , et leurs chants.

Le corps d’armée venôit ensuite , mais à une grande distance. Des femmes y figuroientencore, et contribuoient à la bizarrerie piquante de ce tableau. Plusieurs rangs de cesamazones , portant de hautes branches de peuplier et de chêne, ouvroient la marche.Une centaine de gardes nationaux les suivoient à cheval, puis les grenadiers et les fusi-liers , dont les armes étoient aussi presque toutes garnies de branchages et de verdure :les canons rouloient entre les compagnies , qui étoient entre-mêlées de femmes , degardes-du-corps , et de soldats du régiment de Flandres : après eux venoit un corpsrégulier , le seul dont le peuple n’eût point interrompu les rangs 5 c’étoient les cent-Suisses, qui marchoient sur deux lignes. Us précédoient et sembloient protéger cinquantechariots chargés de bleds et de farines, trouvés par le peuple à Versailles dans différentsdépôts , et qu’il amenoit en triomphe. Un second corps de cavalerie nationale , plusnombreux que le premier , entre-mêlé de femmes et de députés à pied, environnoitle roi et les carrosses de la cour. Ensuite venoient, pêle-mêle et confondus , à pied età cheval, le reste du régiment de Flandres , des poissardes , des dragons , des gardes-du-corps , des Suisses , et des filles , en un mot une foule immense , dont le nombrepassoit trente mille.

Autour des chariots de farines, on voyoit circuler confusément les héroïnes et lesforts de la halle , tenant en main les unes des rameaux verds , les autres des arbresentiers. « Le long des files , dit l’auteur de quelques lettres intéressantes sur nos« évènements révolutionnaires, chaque baïonnette portoit un pain, et chaque pique un