126 TABLEAUX HISTORIQUES
Paris , qui étaient bien loin de soupçonner qu’on voulait égorger la famille royale ,une troupe d’insignes scélérats répandus dans la foule , et salariés pour commettre lesplus noirs attentats. Il se pouvait donc que la discussion finît par un décret d’accusationqui chargeât les tribunaux ordinaires de prononcer sur le tout. On résolut d’éloignerle duc d’Orléans , dont Mirabeau redoutait la faiblesse ou l’indiscrétion , et contrelequel la voix publique s’élevait davantage. On abandonna au temps et aux circonstancesle soin de faire tomber insensiblement les bruits fâcheux qui accompagnaient les évène-mens du 6 octobre.
Les partisans du duc d’Orléans regardaient le voyage de ce prince à Londres commepouvant leur être d’un grand secours pour l’exécution de leurs desseins. D’un côté ,les empruns immenses qu’il avait faits à Paris depuis le commencement de la révolutiondiminuaient son crédit pécuniaire sur cette place j et ils se flattaient qu’il trouveraitplus aisément dans les pays étrangers les ressources que la France commençait à luirefuser : de l’autre , ses liaisons avec le prince de Galles et le duc d’Yorck ( i ) étaientconnues de tout le monde. Le moment arrivait où l’on croyait avoir besoin de tirerparti de ces dispositions. M. de Lafayette , qui ne pouvait pénétrer de semblables inten-tions , et qui d’ailleurs devait remédier au péril le plus pressant, les seconda sans s’endouter. Ce général savait que c’était le duc d’Orléans qui excitait tous les mouvemenstumultueux auxquels Paris et le surplus du royaume étaient en proie par la rareté'factice et organisée des subsistances. Le roi , d’après l’avis de M. de Lafayette, chargeale duc d’Orléans d’une commission auprès du roi d’Angleterre. Toutes choses étantpréparées pour ce voyage, le duc d’Orléans écrivit à l’assemblée nationale pour la prierde lui faire expédier un passe-port pour la ville de Londres , où le roi l’avait chargéd’une mission importante. Cette lettre était accompagnée d’un billet de M. de Montmorin,ministre des affaires étrangères , conçu en ces termes : « Sa majesté a chargé M. le duc» d’Orléans d’une commission importante auprès du roi d’Angleterre. Le roi désire» qu’on n’apporte aucun retard à l’expédition de son passe-port, ses instructions, dont» on s’est occupé sans relâche dans les bureaux , étant prêtes. » Le passe-port fut accordésans réclamation, ce qui causa une grande joie à tous les gens de bien. Leur satisfactionne fut pas de longue durée : le duc d’Orléans , soutenu par le parti qu’il avait dansl’assemblée nationale , revint peu de temps après dans le royaume.
Cependant le comité des recherches de l’hôtel-de-ville de Paris avait rendu un arrêtéqui autorisait le procureur-syndic de la commune à dénoncer les attentats de la matinée dumardi 6 octobre, ainsi que leurs auteurs, fauteurs et complices. La procédure, conduiteavec beaucoup de secret , n’acquit quelque publicité que vers le temps où le ducd’Orléans revenait à Paris . Le 5 août il fut ordonné , par jugement interlocutoire , queles procédures seraient continuées $ comme aussi , attendu que MM. Louis-Philippe-Joseph d’Orléans , et Mirabeau l’aîné , députés à l’assemblée nationale , paraissent,d’après leur conduite , susceptibles d’être décrétés , que des expéditions de l’informationseront portées à rassemblée nationale, qui renvoya la connaissance de cette affaire aucomité des rapports pour l’examiner et lui en rendre compte. Hélas ! et la postéritépourra-t-elle le croire ? il fut décrété qu’il n’y avait pas lieu à accusation contre d’Orléans et Mirabeau .
Le duc d’Orléans et ses complices , enhardis par tant d’impunités , redoublèrentd’audace. Ils ne négligèrent pas surtout le grand moyen de soulever le peuple , sous