l 3S TABLEAUX HISTORIQUES
Quercy , l’Angoumois , le Périgord. A Béziers , pour quelques livres de sel, il encoûta la vie à cinq malheureux stipendiés des fermes , à des citoyens , à des femmes.A Saint-Denys , il y eut une émeute dont le prétexte fut la cherté du pain- M. Chatel,lieutenant de maire , qui l’hiver précédent avait procuré aux infortunés des secoursabondans , fut égorgé avec un raffinement de barbarie dont les cannibales même auraientfrémi. A Caen , M. de Belzunce , sur d’autres prétextes , éprouve un sort semblable.A Strasbourg , on excite des régimens contre des régimens. Presque partout le peuplese livre aux plus épouvantables excès. M. de Montesson est fusillé au Mans , aprèsavoir vu égorger son beau-père. En Languedoc , M. de Barras fut coupé en morceauxdevant sa femme prête d’accoucher. En Normandie , un seigneur , frappé de paralysie,fut abandonné sur un bûcher dont on le retira les mains calcinées. Dans la Franche-Comté , la princesse de Listenay fut contrainte , la hache sur la tête , de faire l’abandonde ses titres. Nous ne parlerons ni de madame de Tonnerre , ni de M. Lallemand, nide M. d’Ambli traîné nud sur du fumier , et voyant danser autour de lui les bêtesféroces qui venaient de lui arracher les cheveux et les sourcils ; notre plume épouvantéese refuse à tracer une plus longue suite de forfaits semblables , et qui ne diffèrent quepar le plus ou le moins de barbarie dans l’exécution.
La commotion propagée de la capitale jusqu’aux frontières par une foule d’actions etde réactions , par les brigands, par les agitateurs de tous les partis , et surtout par lesroyalistes et par l’infernale faction d’Orléans , produisit un enchaînement non interrompude désordres , de crimes, et de calamités. L’assemblée nationale avait fait une procla-mation pour calmer les esprits. Elle recevait les vœux d’adhésion de tous les corps;elle faisait usage , autant qu’il était possible, dans ce malheureux temps d’anarchie ,de son autorité pour appaiser les troubles qui s’élevaient en divers lieux. Elle ordonnala libre circulation des subsistances, que la malveillance d’un côté , de l’autre l’igno-rance, arrêtaient dans plusieurs cantons. Mais , dans le soulèvement de toutes les passions,que peuvent les proclamations , et même les lois ? leur sommeil ou leur impuissancesont malheureusement inévitables dans le terrible passage du gouvernement d’un seulà la démocratie même représentative. ( i ) Qui pouvait d’ailleurs résister alors à ceprince jacobin dont les crimes se reproduisent sans cesse sous notre plume , parcequ’ilne fut étranger à aucun? Ses agens furent jusqu’à persuader au peuple (car que nelui persuade - t - on pas ? ) que les aristocrates incendiaient eux-mêmes ou faisaientincendier leurs châteaux, pour en prendre occasion de le calomnier. On n’ajoutaitpas que la plupart de ces propriétaires avaient été massacrés dans ces pillages etincendies. Les horreurs qui continuèrent d’avoir lieu en France à cette époque déplo-rable , ce long et tragique débordement de tous les crimes , ont presque égalé ceuxdont notre malheureuse patrie a été depuis , sous Robespierre , le triste et sanglantthéâtre.
La crainte universelle ajoutait à tant de maux , des rumeurs vagues de conspira-tions , une foule de récits imposteurs , si avidement reçus dans ces temps de calamités,