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Tome premier.
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ï 46 TABLEAUX HISTORIQUES

corps législatif a réparé , autant qu’il était en son pouvoir , cette faute en politique ,et il s’est borné, en 1797 , à n’exiger des prêtres que le serment de haine à la royautéet à l’anarchie , et de soumission aux lois de la république -, serment qu’aucun boncitoyen ne peut refuser , quelque culte qu’il professe. Telle est la conduite qu’eût dutenir l’Assemblée constituante .

A peine eut-elle décrété cette innovation, qu’on s’écria qu’il en résultait des chan-gemens dans l’essence même de la religion chrétienne , que c’était à-la-fois gêner lesconsciences des laïques , et conduire les prêtres à l’échafaud. Plusieurs prêtres en effetdéclarèrent qu’ils préféraient la mort à un serment regardé par eux comme un sacrilège.

Cependant on déplaçait les évêques et les curés qui avaient refusé de prêter le serment ;on leur donnait des successeurs élus par les communes , suivant l’usage des premierssiècles de l’église. Les ennemis de la révolution ne tardèrent pas à voir les malheureuxeffets que ces changemens opéraient dans les esprits. D’une autre côté la suppressiondes dîmes , l’aliénation des biens du clergé , la destruction des ordres religieux et desasiles consacrés à la retraite , à la piété , aux austérités d’une vie pénitente , ajoutaientau mécontentement, à la fermentation générale 5 et la France eut à craindre encore ,au dix-huitième siècle, le fléau des guerres de religion ; elle eut à combattre le fanatisme .,Les temps désastreux de la ligue étaient prêts à renaître parmi nous : nous vîmes lesmêmes scènes de sang se renouveler avec les mêmes excès d’opiniâtreté et de fureur.

Le fanatisme agita surtout ses torches ardentes , et l’explosion de sa fureur fut plusterrible et plus violente dans le Midi de la France , sous ce ciel brûlant où les passionssont plus inflammables $ où c’est du salpêtre, et non du sang , qui semble circuler dansles veines. On croit être transporté au quatorzième siècle quand on se rappelle tout lesang qu’on a fait couler , au nom d’une religion de charité , à Montauban , à Nîmes , etdans tout le Languedoc . Une autre cause concourait encore dans ces contrées à rallumer ,à propager, avec une rapidité plus effrayante , les étincelles de discordes civiles , maléteintes , et vivantes encore sous les cendres des victimes qui avaient péri par milliersdans les anciennes guerres de religion. L’animosité, la jalousie , la vengeance, toutesles passions haineuses entre les protestans et les catholiques , se réveillèrent d’autantplus aisément qu’il s’y joignait une diversité funeste d’opinions relativement à la révo-lution. Toulouse , malheureusement célèbre depuis plusieurs siècles par des scènes desang, vit redoubler la ferveur des pratiques d’une superstition populaire, les invocations,les pélérinages , etc. La commémoration du massacre des Albigeois excita des rassem-blemens capables de renouveler cette déplorable époque. Le sang coula : il en fut demême à Nîmes. A Montauban les protestans formaient à-peu-près le sixième de lapopulation. Tous ceux qui étaient en état de porter les armes servaient dans la gardenationale. C’était parmi eux que presque tous les officiers avaient été choisis. Leursennemis formèrent un nouveau corps de volontaires où ils n’admirent point les pro-testans. On nomma une municipalité qui n’était pas favorable à ces derniers. Desfédérations civiques se formaient alors dans tout l’empire. Les patriotes de Montauban invitèrent, par une circulaire, toutes les gardes nationales voisines à un pacte fédératif.Plusieurs acceptèrent 5 et , réunis, sur la fin de mars , avec les soldats-citoyens deMontauban , et le régiment de Languedoc en garnison dans cette ville , tous jurèrentd’assurer l’exécution des décrets au péril de leur vie. Le parti opposé affecta de faireremarquer au peuple que tous les chefs de la garde nationale étaient protestans, et lamunicipalité nomma aussitôt pour commandant et pour major deux catholiques.

Former de nouvelles compagnies et les remplir de gens sans aveu , capables de toutfaire excepté le bien , parut un sûr moyen de soulever la garde nationale , puisqu’onne pouvait la diviser. La municipalité annonça ce projet ; et dans le même temps desassemblées fréquentes , des déclamations fougueuses , animaient le peuple contre la