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Tome premier.
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DE LA R ÉVOLUTION. t 5i

celui de les vaincre ; ils excitèrent une ardeur universelle , et hâtèrent le moment deta fédération au lieu de le retarder. Elle se forma presque aussitôt entre les villes , lesvillages voisins , et toutes les municipalités environnantes. Des citoyens de tout état,de tout âge , de tout sexe , vinrent offrir leurs bras pour accélérer les travaux. Aumoment le coup de canon annonçait l'heure de la retraite aux ouvriers salariés ,mille cris de joie se faisaient entendre ; tous sempressaient de saisir les outils à leurconvenance. Lordre , lactivité, lintelligence, présidaient aux travaux qui se prolon-geaient jusquà la nuit.

Les instrumens ne suffisant plus , les citoyens accoururent en foule , armés de pioches,de pelles , et traînant des brouettes et des chariots de toutes grandeurs. On y voyaitarriver en longues files , successivement, ou tous ensemble, par différens chemins, lescorporations et les jurandes de Paris , qui existaient encore , les gardes nationales, lesinvalides , les gardes-suisses , les communautés religieuses des deux sexes, les soixantedistricts , les corps de métiers , les élèves des académies : chaque troupe était précédéedun grouppe de jeunes filles et dune bannière distinctive portant une inscription civique:chaque municipalité, chaque village a son drapeau autour duquel il se rallie et marchepar bandes séparées , ayant en tête son maire en écharpe et son curé : les drapeauxflottent entre des branches et des feuillages portés par des hommes à la tête de chaquedétachement ; ils ombragent le front des jeunes filles qui conduisent la bande. Il sembleque les Français courent au Champ-de^Mars rajeunir leur empire sous les enseignes deta beauté et de la jeunesse. Le maire de Paris , le commandant général, viennent seconfondre parmi les travailleurs , et plutôt jouir de la vue des travaux, y prendre part,que les encourager par leur présence : ils nen ont pas besoin. Nos législateurs viennenta près les séances , goûter ce spectacle, et augmenter lintérêt et la variété, et, bientôtdevenus acteurs , manier la pioche et traîner la brouette. Le roi lui-même parcourutce vaste atelier au milieu des accens dune joie et dune reconnaissance universelles.Prêtres , vieillards , moines, soldats , femmes , enfans, tous arrosaient à lenvi de leurssueurs le champ de la liberté,

La foule se prolongeait dans toutes les avenues du Champ-de-Mars , surtout vers lenouveau pont et dans les rues du Gros-Caillou ; cétait limage dune fourmilière. Lesuns allaient, les autres revenaient, tous en bon ordre , tenant la pelle et la pioche dunemain , de lautre des branchages qui ondoyaient au loin sur toute la file , et chantantdes airs civiques , au son des violons ou des instrumens militaires. Le soir tout Paris pêle-mêle se portait au rendez-vous général, les uns pour travailler , les autres pourvoir et jouir du spectacle. Cent cinquante mille personnes , enchaînées par la libertéaux travaux les plus rudes i se condamnaient volontairement et gaiement a de péniblestransports de terre. On voyait attelés au même chariot un bénédictin, un invalide, unmoine , un juge , une nymphe dopéra : les plus jolies filles de Paris , élégamment vetues,en robes blanches rattachées par des ceintures et des rubans aux couleurs nationales ,allaient, venaient, piochaient, chargeaient, roulaient, traînaient. Elles croient de leurs !faibles efforts avoir guidé le chariot plein de terre jusquau haut du talus 5 à leur insutas mains vigoureuses des hommes les poussent par derrière. La terre coule du chariote t accroît léminence : les jeunes filles lâchent les traits, frappent des mains et sautent