i56 TABLEAUX HISTORIQUES
quarante et un derniers départemens dans l’ordre alphabétique paraissaient ensuite. Lamarche générale était fermée par un détachement de grenadiers et par un de cavaleriede la garde nationale parisienne.
Ce cortège majestueux traversa la ville et reçut par-tout des témoignages de l’alégresseet de la sensibilité du'peuple. Arrivé le long des quais , jusqu’au-dessous du village deChaillot , il y traversa la Seine , au bruit d’une salve d’artillerie , sur un pont de bateauxqu’on avait jeté la veille. Les diverses parties du cortège entrent par les trois ouverturesde l’arc de triomphe, et se développent à mesure , sur plusieurs lignes circulaires etcorrespondantes, dans le contour intérieur du cirque. Ils donnent passage aux électeursde Paris , aux représentans de la commune , et enfin à l’assemblée nationale. Tous cescorps nombreux vont prendre place dans les galeries couvertes qui leur sont destinées.Deux mille musiciens , placés autour de l’autel et sur les marches qui y conduisent, fontretentir les airs de leurs chants et de leurs concerts.
Le roi avait été nommé, pour ce jour seulement, chef suprême et absolu des gardesnationaux de France . Il avait choisi M. de Lafayette pour en faire les fonctions , etlui avait remis tous ses pouvoirs. Le général de la garde nationale parisienne étaitdonc en ce moment généralissime et connétable de six millions d’hommes armés dontla liberté avait couvert la France depuis la destruction de la Bastille. C’est lui quidans cette fête est chargé de la direction générale : de lui partent les ordres : il commandeseul au cirque, a Paris , à tout l’empire. Il entre dans le cirque , il en fait le tour ,environné de la troupe brillante de ses aides de camp , distingué par son panache , etpar la satisfaction dont tout son visage rayonne lorsque les cris de Vive Lafayette se fontentendre.
La députation militaire était au moins de quarante mille hommes en y comprenantles volontaires et les troupes de ligne. Chaque département a sa bannière distinctive , etse range avec ordre à la place qui lui est indiquée. Toutes ces bannières flottent mêléesaux soixante drapeaux des districts de Paris . Venus des extrémités de la France , tousces soldats de la patrie , inconnus les uns aux autres , se rapprochent, se mêlent,apprennent à se connaître. Ils unissent fraternellement leurs bras , et par des rondes etdes danses se livrent à la joie de se trouver ensemble. De la danse ils passent aux évolu-tions militaires , exécutent entre eux des combats simulés , accompagnent du cliquetisde leurs armes les généraux qui traversent le cirque, et surtout accueillent avec trans-port le major-général de la fédération (i), devenu l’idole du peuple et des soldats. Letemps , incertain depuis le commencement du jour, se couvre à chaque instant de nuagesqui versent des pluies abondantes et laissent un moment après briller les rayons du soleil*Chefs et soldats , tous se font un jeu de cette intempérie : chaque ondée est accompagnéede danses , de courses , de cris joyeux, auxquels répondent et applaudissent les innom-brables spectateurs placés sur les degrés du cirque. Les femmes elles-mêmes rient dudésordre de leur parure, de l’humidité qui perce leurs vêtemens, du soleil brûlant quivient après la pluie rougir leur teint, leurs bras , et hâler leur peau délicate.
La reine est dans sa tribune , entourée d’un petit nombre de dames et de courtisans.Le roi, superbement vêtu , prend place sur son trône au milieu des représentans dupeuple. Il est environné des fondateurs de la révolution, des créateurs de la constitutionnouvelle, de ceux que l’on nommait alors les pères de la liberté : il a devant lui, sousses yeux, les soutiens , les appuis, les gardiens armés de l’une et de l’autre.
A la même hauteur que le fauteuil du trône , sur la même ligne, à trois pieds à la
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