Band 
Tome premier.
Seite
166
JPEG-Download
 

166 TABLEAUX HISTORIQUES

de Mestre-de-camp cavalerie, et des Suisses de Château-vieux. Le 9 août, le régimentdu Roi exigea ses comptes , et l’exhibition des registres depuis plus de vingt ans. Lesofficiers parlementent, négocient -, ils consentent , par accommodement, à une resti-tution de plus de 170,000 liv. Les soldats prétendent qu’il est encore dû plus d’unmillion à la masse. Château-vieux , jusqu’alors tranquille , encouragé par cet exemple ,députe deux soldats à son état-major pour demander des comptes. Quelle fut la réponse ?La corde , et par grâce les courroies, supplice plus cruel, puisqu’il laissait vivre déchiréet déshonoré.

Les soldats et le peuple prennent la défense des deux proscrits. Ils sont menés entriomphe aux casernes des deux autres régimens. La municipalité prend ce momentpour proclamer le décret du 6 : mais l’impulsion était donnée , et le soir même onpromène dans toutes les rues les deux Suisses condamnés ; on oblige le lieutenant-colonelà payer à chacun d’eux six louis de décompte et cent louis d’indemnité : on les incorporesuccessivement dans les deux régimens et dans la garde nationale ; ils partent avec descongés de ces trois corps. Enfin Château-vieux et Mestre-de-camp forcent leurs officiersà leur payer provisoirement, l’un 27,000 , l’autre 24,000 livres. Le régiment du Rois’obstine à demander ses comptes. Le commandant fait garder la caisse par de la maré-chaussée. Un détachement l’enlève , en constate l’état par un procès-verbal, y met lescellé , la porte chez le major qui la refuse, et enfin la dépose au quartier.

Dans la nuit suivante les trois corps administratifs font partir un courrier pour Paris ,dénoncent a l’assemblée nationale et au roi ces délits, et représentent la ville commelivrée au danger le plus imminent, tandis que la garde nationale attestait que les citoyensétaient tranquilles , que le mouvement des troupes était tout intérieur , et qu’aucunhabitant n’avait été ni insulté ni menacé. L’assemblée nationale envisagea principalementdans cette affaire la violation de son décret du 6 , et la traita , dans le décret du 16 , decrime de lèse-nation au premier chef. Elle supplia le roi d’ordonner la poursuite del’affaire au criminel devant le tribunal de Nancy , de charger la municipalité , les gardesnationales et le commandant militaire de la place , de s’assurer des coupables et de les livrerà la justice , « même d’ordonner le rassemblement et l’intervention d’une force militaire» tirée des garnisons et des gardes nationales du département de la Meurthe et de tous» les départemens voisins , pour agir aux ordres de tel officier-général qu’il plaira à S. M.» de commettre pour appuyer le présent décret, et faire que force reste à la justice. »

La garnison de Nancy n’avait pas attendu ce décret pour rentrer dans l’ordre. Lacaisse du régiment du Roi fut rapportée dès le lendemain, trouvée intacte, de l’aveudes officiers. Château-vieux fut reçu par les siens à prêter un nouveau serment. Lerégiment du Roi, après l’avoir prêté de même , chargea huit soldats d’aller en dépu-tation à Paris , de l’agrément de ses officiers , qui leur remirent 3 ,000 liv. pour leurvoyage. Le ministre de la guerre les fit arrêter à leur arrivée , sans qu’il leur fût permisde se faire entendre. On sait la fermentation que cette arrestation excita dans Paris .A Nancy elle eût été plus forte sans les soins de la garde nationale, qui obtint, le20 août, des trois régimens une déclaration de soumission et de repentir. Deux députésgardes nationaux se chargèrent de l’apporter à l’assemblée nationale : on attendait leurretour avec confiance, on espérait tout de leurs soins.

Le roi choisit M. de Malseigne pour examiner les comptes des régimens , et lesramener à l’ordre. Il arrive le 24 à Nancy , et se rend d’abord au quartier des Suisses.Après un premier travail sur les comptes , où l’évidence était tellement en faveur dessoldats qu’il ne peut élever de difficultés que sur un article , il reproche vivement aurégiment son insubordination. Le 25 , les esprits s’échauffent : sa fermeté les irrite. Unfactionnaire s’oppose à ce qu’il sorte du quartier. Il force le passage l’épée à la main