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Tome premier.
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quarante-quatrième tableau

DE LA RÉVOLUTION.

AFFAIRE DE BREST ; INSURRECTION DES VAISSEAUX LAMERICAET LE LÉOPARD, LE 6 SEPTEMBRE 1790.

-uV- Eeine larmée de terre était-elle remise de la secousse que lui avait donnée laffairede Nancy , que des troubles éclatèrent à Brest dans celle de mer , et renouvelèrent lescoupables espérances des ennemis du bien public. Ces troubles eurent pour premièrecause quelques articles du nouveau code pénal. Lassemblée nationale , en le refondant ,lavait adouci à bien des égards : elle avait, entre autres, supprimé la peine douloureuseet mal-saine des fers sur le pont, et la privation prolongée du vin , qui, dans des voyagespénibles , attaquait les forces et la santé du matelot , en le privant du secours de cetteliqueur fortifiante : pour remplacer ces deux peines , elle avait ordonné celles de lanneauet de la petite chaîne , peines physiquement légères , mais qui avaient linconvénient,en quelque sorte moral, de ressembler au châtiment des forçats , que les matelots deBrest avaient sans cesse sous les yeux.

Lorsque le décret arriva dans ce port, on y équipait lescadre destinee à protégerlune contre lautre deux nations alors ouvertement ennemies , et qui ne le sont pasttioins réellement aujourdhui, quoique réunies en apparence par leur haine communecontre la liberté française. Fidèle à ses traités , la France , au milieu des crises de sarévolution , armait contre lAngleterre en faveur de lEspagne , qui devait, deux ansa près , la payer de sa fidélité généreuse en se joignant pour lécraser à 1 Angleterreet à lEurope presque entière armée contre elle. M. Albert de Rioms commandaitcette escadre. Cétait un excellent officier, un de nos plus habiles marins , un de ceshommes rares dont la France regrettera long-temps la perte. Il était inflexible , et ildevait lêtre , sur tout ce qui pouvait porter atteinte a la discipline militaire ; mais onlaccusait, ainsi que la plupart des officiers du corps de la marine , de ne pas aimer laévolution, et même den entraver la marche. Tristes et difficiles conjonctures, ou souventlon passait pour aristocrate , dès quon voulait sopposer a linsubordination , au trouble ,a lanarchie , lon était sans cesse froissé entre son devoir et le danger de se dépopu-lariser aux yeux du soldat ! Dun autre côté , ceux-ci avaient souvent des prétextestrop bien fondés ; la hauteur de plusieurs officiers de terre envers les soldats nappro-chait pas de celle des officiers de mer envers leurs équipages. Mais il faut aussi convenir

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