quarante-quatrième tableau
DE LA RÉVOLUTION.
-uV- Eeine l’armée de terre était-elle remise de la secousse que lui avait donnée l’affairede Nancy , que des troubles éclatèrent à Brest dans celle de mer , et renouvelèrent lescoupables espérances des ennemis du bien public. Ces troubles eurent pour premièrecause quelques articles du nouveau code pénal. L’assemblée nationale , en le refondant ,l’avait adouci à bien des égards : elle avait, entre autres, supprimé la peine douloureuseet mal-saine des fers sur le pont, et la privation prolongée du vin , qui, dans des voyagespénibles , attaquait les forces et la santé du matelot , en le privant du secours de cetteliqueur fortifiante : pour remplacer ces deux peines , elle avait ordonné celles de l’anneauet de la petite chaîne , peines physiquement légères , mais qui avaient l’inconvénient,en quelque sorte moral, de ressembler au châtiment des forçats , que les matelots deBrest avaient sans cesse sous les yeux.
Lorsque le décret arriva dans ce port, on y équipait l’escadre destinee à protégerl’une contre l’autre deux nations alors ouvertement ennemies , et qui ne le sont pasttioins réellement aujourd’hui, quoique réunies en apparence par leur haine communecontre la liberté française. Fidèle à ses traités , la France , au milieu des crises de sarévolution , armait contre l’Angleterre en faveur de l’Espagne , qui devait, deux ansa près , la payer de sa fidélité généreuse en se joignant pour l’écraser à 1 Angleterreet à l’Europe presque entière armée contre elle. M. Albert de Rioms commandaitcette escadre. C’était un excellent officier, un de nos plus habiles marins , un de ceshommes rares dont la France regrettera long-temps la perte. Il était inflexible , et ildevait l’être , sur tout ce qui pouvait porter atteinte a la discipline militaire ; mais onl’accusait, ainsi que la plupart des officiers du corps de la marine , de ne pas aimer laévolution, et même d’en entraver la marche. Tristes et difficiles conjonctures, ou souventl’on passait pour aristocrate , dès qu’on voulait s’opposer a l’insubordination , au trouble ,a l’anarchie , où l’on était sans cesse froissé entre son devoir et le danger de se dépopu-lariser aux yeux du soldat ! D’un autre côté , ceux-ci avaient souvent des prétextestrop bien fondés ; la hauteur de plusieurs officiers de terre envers les soldats n’appro-chait pas de celle des officiers de mer envers leurs équipages. Mais il faut aussi convenir
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