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avec justice qu’une rigoureuse et stricte discipline est encore plus nécessaire dans ungenre de service où les commandans n’ont, après l’embarcation , d’autres garans del’exécution de leurs ordres , et de leur propre vie , que la soumission et la fidélitédes soldats et des matelots. A l’époque de l’insurrection à Brest , les agitateurs detous les partis, et surtoüt les Orléanistes , dirigeaient leurs efforts désorganisateurscontre la troupe de mer, comme ils les avaient dirigés contre la troupe de terre. Disonsaussi que , vers ce temps , Pitt, qui prodiguait les guinées pour allumer parmi nousla guerre civile , avait surtout le plus grand intérêt à détruire notre marine. On soulevales matelots qui étaient stationnés à Brest par le même moyen qu’on avait employé pourégarer et faire insurger les régimens qui étaient en garnison à Nancy . On leur donnaune connaissance entière de leurs droits comme hommes , et non de leurs devoirs commesoldats.
L’armement les réunissait à Brest en très-grand nombre : le décret pénal y arrive :on les assemble ; on leur en fait lecture ; ils ne s’occupent que des peines qui doiventleur être infligées y ils ne font aucune attention à celles qui sont prononcées contre lesofficiers coupables , et sur le recours que la loi accorde aux matelots qui auront éprouvédes vexations non méritées. L’anneau et la petite chaîne blessent surtout , par uneidée de flétrissure, des hommes à qui l’instinct de la liberté commençait à faire sentirtout le poids du supplice et de la honte. Les équipages se retirent en murmurant :bientôt le mécontentement éclate à bord de 1 ’América ; il se communique au vaisseaucommandant, et de là presque à tous les autres. Quinze cents matelots s’emparent deschaloupes , se rendent à terre , et marchent vers la maison commune. La municipalités’effraie de leur nombre ; elle requiert les deux commandans des troupes de terre etde mer de mettre sur pied leurs soldats ; elle fait ensuite inviter les matelots à n’envoyerque deux députés par vaisseau. Ils trouvent cette invitation raisonnable , et choisissentleurs députés , qui sur-le-champ sont admis. On écoute leurs plaintes : on leur fait unenouvelle lecture du code pénal ; on le leur explique ; on leur fait voir qu’il n’y a riend’infamant dans cette peine qui les a révoltés ; on leur promet enfin d’engager le généralà faire passer leurs représentations à l’assemblée nationale. Les députés retournent versleurs camarades , et leur communiquent ce qu’ils viennent d’entendre. Satisfaits de cesexplications , appaisés par des promesses , tous ces marins reprennent paisiblement lechemin de leurs vaisseaux , et rentrent à bord sans avoir commis le moindre excès.L’assemblée ayant en effet déclaré par un décret que la peine de l’anneau et de la chaînene portait aucune tache d’infamie , qu’elle ne pouvait faire supposer aucun rapportentre de vils criminels et l’utile et honorable classe des matelots français , tous lesesprits se calmèrent ; et ce premier germe d’insurrection n’aurait rien produit, si descirconstances fatales n’en eussent appelé des extrémités du monde et jeté au milieu del’escadre un autre plus fécond et plus dangereux.
Tous les mouvemens qui avaient agité en Europe le corps politique de la France avaient retenti jusques dans ses membres épars sur un autre hémisphère j et déjà de vivessecousses , préludes d’agitations plus terribles , avaient répondu dans les Colonies à cellesqu’éprouvait la métropole. Saint-Domingue était partagé entre deux principales assem-blées de Colons , dont au cune ne voulait peut-être sincèrement la liberté , et qui toutesdeux ont été soupçonnées d’avoir pour but secret l’indépendance de la Colonie. L’assem-blée générale de Saint-Marc et l’assemblée provinciale du Nord portaient des arrêtéscontradictoires , et les cassaient mutuellement. M. Peynier , gouverneur de l’isle , d’abordlié avec la première , se déclara ensuite pour la seconde. L’assemblée de Saint-Marceut des torts très-graves , et commit des actes de tyrannie , des abus de compétence etde pouvoir, dont celle du Nord sut profiter : M. Peynier se donna , en prêtant l’appuide la force armée à celle des deux assemblées qui passait pour patriote , un vernis depatriotisme. La guerre fut en quelque sorte déclarée ; et l’assemblée générale , ayant