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Tome premier.
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DE LA RÉVOLUTION. i 83

compliment ironique sur la manière commode dont il sait se débarrasser de ses querellesd’honneur. M. Lameth lui répond qu’il respecte trop son âge pour s’offenser de ses plai-santeries. « Vous ne m’objecterez pas mon âge , s’écrie alors le jeune Castries , colonel du» régiment où servait M. Chauvigny 5 je suis député comme vous , et je vous demande» la satisfaction que M. Chauvigny n’a pu obtenir. » La patience de Charles Lameth netint pas à une attaque aussi directe ; le rendez-vous fut donné au Champ-de-Mars , où lesdeux champions se rendirent, escorté chacun de quelques amis , députés comme eux ,et qui , au lieu de s’interposer au nom de la patrie , de l’humanité , de la raison ,prêtèrent scandaleusement à cet acte de rébellion d’un préjugé barbare contre toutes leslois l’autorité de leur présence.

Le combat ne fut pas long. M. Lameth fut blessé d’un coup d’épée au bras gauche ,non dangereusement, mais assez douloureusement pour être mis hors de combat. Lebruit de sa blessure se répand aussisôt dans la ville : elle y excite une fermentationviolente. On l’augmente en rapprochant de ce duel toutes les autres provocations aux-quelles depuis plusieurs jours d’autres patriotes , ou députés regardés comme tels , étaienten butte; on fait apercevoir au peuple ce système combiné de faire périr par le ferdes spadassins tous ses plus fermes défenseurs. Des grouppes se forment au Palais-Royal , sur les places , aux Tuileries ; on y répand que la plaie est mortelle , que l’épéequi l’a faite était empoisonnée. Ceux qui connaissent un peu l’histoire de la révolution ,et le secret des mouvemens populaires pendant ces deux premières années, ne doiventpas être surpris de voir le peuple soulevé pour la blessure de l’un des Lameth , d’unecréature de d’Orléans . La nuit cependant paraissait avoir calmé l’effervescence ; mais lejour suivant , vers une heure , une troupe bruyante et nombreuse part du Palais-Royal j prend le chemin de l’hôtel de Castries , et , toujours grossissant dans sa route,se déborde avec fracas dans la rue de Varennes. Arrivés devant la maison , dont le maîtrene faisait que de sortir , les insurgés veulent la démolir de fond en comble. Elle n’estpas à lui , s’écrie un des voisins. Le peuple à ces mots change de projet : il entre enfoule dans l’hôtel ; il brise , casse , met en pièces , jette par les fenêtres , meubles ,glacés , lits , argenterie , argent, billets, marbres, tableaux ; cela fut fait en moins d’unedemi-heure.

La municipalité , la garde nationale , vinrent pour empêcher le pillage au momentoù il était presque fini. Le peuple continua néanmoins son ouvrage : il était trop nombreuxpour pouvoir être contenu par la force armée. Respectez la loi , leur disait le maire. Queceux qui les font } répondait le peuple, commencent par les respecter eux-mêmes. Mot aussiprofond que juste , et qui pourrait expliquer l’inobservance de bien des lois. Enfin l’hôtelétant vuide et la rue jonchée de débris , la multitude se retira d’elle-même , ayant soind’ouvrir ses vêtemens et de retourner ses poches devant la garde nationale , pour montrerqu’elle 11’avait rien volé. Le calme succéda bientôt à cette expédition tumultueuse ; etun aide-de-camp du général vint annoncer à l’assemblée le retour de l’ordre , au momentoù l’on proposait de publier la loi martiale.