CINQUANTE-DEUXIÈME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
SUPPRESSION DES BARRIÈRES ET DES DROITS D’ENTRÉE,
LE I er . MAI 1791.
Un décret de l’assemblée constituante , rendu le 20 février 1791 , fixa au i er . maisuivant l’ouverture des barrières de Paris et la suppression des droits d’entrée. Cedécret offrait trop d’avantage au peuple pour ne pas être vivement combattu par leparti de l’opposition. Après avoir épuisé en vain tous ses artifices pour éluder cette loibienfaisante, il y consentit subitement, et proposa même qu’elle fût exécutée dès lelendemain. Il savait que le moyen le plus sûr de rendre nuis ou nuisibles les effets d’uneloi sage est d’en brusquer l’exécution. Mais l’assemblée nationale aperçut le piège qu’onlui tendait 5 et le peuple de Paris , content de s’être vu rendre justice, attendit en paixl’époque fixée par ses représentans.
Le lendemain on répandit le bruit que les habitans du faubourg Saint-Antoinevoulaient incendier les barrières. Cette semence de désordres adroitement jetée futencore étouffée par la sagesse des citoyens. On ne peut que louer leur modération danscette circonstance. Depuis long-temps le peuple ne souffrait qu’avec impatience cettefouille inquisitoriale , et souvent indécente , établie à l’entrée de chaque ville , et dontParis éprouvait surtout les vexations. Avant même que la Bastille fût prise et qu’il eûtrecouvré ses droits , les premiers antres du despotisme ministériel qu’il attaqua ce furentles barrières. Quelques-unes furent brûlées alors 5 et les agens de la ferme auraient peut-être bien voulu qu’à l’époque de leur suppression légale on eût renouvelé ces excès , afinque ces nouveaux abus fissent rétablir les anciens.
Le i er . mai , qui apportait ce complément à la liberté des Parisiens , la musique dela garde nationale fit de grand matin le tour des murs de Paris . La gaiete qui régnaitsur tous les visages annonçait un jour de triomphe. Les airs patriotiques , répétés àchaque barrière , produisirent l’effet des trompettes de Grédéon sur les murs de Jéricho .Des chariots remplis de boissons et de commestibles entrèrent, pour la première fois ,francs de visites et de taxes ; on les couronnait de chêne et de laurier , symbole de leurliberté nouvelle. On forma des danses joyeuses aux barrières pendant toute la journée ;et Bacchus , pour prix de la liberté qu’il venait de recevoir , prodigua ces dons à cesorgies patriotiques.
F 3