CINQUANTE-TROISIÈME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
ARRESTATION DE LOUIS XVI A VARENNES, LE 22 JUIN 1791.
L A mort de Mirabeau , en ôtant un appui précieux à la cour, ne changea rien ausystème qu’elle avait suivi jusqu’alors. Réduite depuis long-temps à dissimuler, et sonparti ne pouvant plus lutter avec avantage contre les patriotes , il lui restait une res-source , trop pernicieuse pour nous, celle de soudoyer les défenseurs les plus célèbresde la cause populaire , et de s’en faire des appuis d’autant plus puissans qu’ils parais-saient haïr la cour tout en servant ses intérêts. Mirabeau n’avait pas su résister àl’appât de l’or; et plusieurs de ceux qui partagèrent avec lui la faveur populaire etl’opinion publique ne se montrèrent pas plus dignes du peuple , qu’ils avaient feintde défendre pour le mieux tromper. Dès-lors fut concerté entre eux et le conseil desTuileries le projet de départ du roi, dont l’exécution ne fut différée jusqu’au mois dejuin que par les obstacles que le peuple lui-même opposa, notamment dans la journéedu iB avril, à tout ce qui pouvait éloigner de Paris Louis et sa famille. Ce retard nefut pas perdu pour la cour : la plus adroite dissimulation remplaça les répugnancesqu’elle avait témoignées jusqu’alors ; la conduite privée de Louis XVI et de sa femmesemblait respirer la franchise et l’attachement le plus sincère à la constitution ; enfin ,pour détruire l’ombre même du soupçon sur ses sentimens, Louis adressa à toutes lespuissances étrangères une déclaration officielle , où /’ acceptation libre qu’il donnait à lanouvelle forme de gouvernement, et son serment irrévocable de la maintenir, étaient exprimésde la manière la plus énergique. Qui n’eût cru qu’il parlait de bonne foi? mais il ne lefaisait pas volontairement, et il se soumettait à l’empire des circonstances.
Le 21 juin , à sept heures du matin, des gens de service aux Tuileries s’aperçurentque Louis XVI et toute sa famille s’étaient évadés pendant la nuit. En quelques minutescette nouvelle fut sue dans tout Paris . On y apprit presque en même temps que Monsieurétait aussi parti du Luxembourg avec sa femme. Il avait pris un autre chemin que sonfrère : il fut plus heureux que lui ; et l’on sut, quelques jours après , qu’il était arrivéà Mons . On pouvait s’attendre et la cour avait cru que la consternation saisirait unpeuple immémorialement habitué à posséder ses rois auprès de lui, et renommé silong-temps par son amour pour eux : mais il en arriva tout autrement.
La manière dont la nouvelle de cette fuite, qui paraissait alors d’une si haute impor-
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