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TABLEAUX HISTORIQUES
tance, fut reçue du peuple entier, prouva que son caractère était changé , et que déjànaissaient en lui les germes de l’énergie républicaine. L’étonnement frappa d’abord tousles citoyens : ils se regardaient en silence 5 ils ne concevaient pas que l’on eût pu violerdes promesses aussi saintes f des engagemens aussi authentiques. A ce mouvement desurprise succéda l’indignation d’un peuple généreux, trompé dans sa confiance et voulants’en venger ; irrité de la trahison, mais non pas aveuglé par sa colère ; fier du sentimentde ses forces, mais pourtant se laissant conduire par les mains habiles qui devaient lesdiriger. Le tocsin, le canon d’alarme , la générale , se firent entendre ; les boutiquesfurent fermées , et les piques du 14 juillet et du 6 octobre reparurent.
Le peuple s’était porté en foule aux Tuileries et au Luxembourg ; il remplissait cesappartemens magnifiques dont l’aspect lui avait toujours été interdit. Cette rare modé-ration , cette vertu sublime qui caractérise en tout temps le peuple quand il n’écouteque son instinct, quand il n’est pas poussé par des agitateurs, le suivirent encore danscette journée au milieu des richesses que le désordre d’un départ avait abandonnées dansles appartemens. Aucun vol ne fut commis , aucune violence ne fut exercée contre ceuxque l’on pouvait le plus légitimement soupçonner d’avoir favorisé cette fuite; pas mêmecontre M. de Lafayette, dont la négligence seulement pouvait passer pour un crime :le peuple protégea aussi M. Cazalès , qui avait été reconnu , malgré son déguisement,sur le quai Voltaire; partout enfin il se montra grand, généreux digne de lui.
Le département , la commune , les sections , s’étaient réunis ; les personnes suspectesavaient été arrêtées , les carrières visitées , la plate-forme de Montmartre occupée. Descourriers furent expédiés sur toutes les routes , principalement sur celle de Senlis , quel’on annonçait avoir été prise par les fugitifs.
Leurs images furent abattues et foulées aux pieds , leurs noms effacés de toutes lesenseignes ; et le mot royal , imprimé à toutes les institutions utiles , fut remplacé dansun instant par la substitution du mot national.
Les assemblées primaires continuèrent tranquillement le dépouillement de leurs scrutins;la vente des biens nationaux n’éprouva aucune interruption , et le jour même deuxmaisons furent vendues le double du prix de leur estimation ; les Français renouvelant ainsil’exemple que donnèrent deux citoyens romains , dont l’un mit en vente et l’autreacheta le champ où campait Annibal, non loin de Rome .
Que faisait cependant l’assemblée constituante ? Au milieu de ces grandes circons-tances elle semblait délibérer avec calme et dignité. Le sang froid qui paraissait lemême dans tous ses membres n’avait pas dans tous la même cause. Le parti vraimentpatriote pensait que le départ du roi faciliterait l’achèvement de la révolution : lesOrléanistes étaient du même avis ; mais leur chef voyait avec peine sa proie prête àlui échapper. La minorité de la noblesse , qui avait favorisé cette évasion pour acheverla constitution au gré du trône , se félicitait du succès de sa ruse , et avait à peine àcacher sa joie sous le masque du courage et d’une fermeté républicaine. Le côté droitseul, si turbulent peu de jours auparavant, était muet de surprise et de crainte. Iltremblait d’être sacrifié par le peuple , qui avait tant d’autres injures à venger ; il restaiten observation : et le reste de l’assemblée , quoiqu’agitée de sentimens très - divers ,offrait l’aspect d’une unanimité imposante. Mais une de ses opérations apprit bientôtaux hommes clairvoyans la foi qu’ils devaient ajouter à ces apparences.
On avait apporté à l’assemblée nationale une Déclaration du roi aux Français à sasortie de Paris , dans laquelle il protestait formellement contre tous les actes qu’il avaitété forcé de faire depuis le 14 juillet 1789. L’assemblée y répondit par une adresse où,tout en incriminant le chef du pouvoir exécutif, elle fit pressentir au peuple « que la» générosité pouvait faire oublier des attentats ;. . . que si le despotisme tentait encore» de soumettre les Français , un affreux triomphe ne lui donnerait que des ruines. . . ».
Cependant les fugitifs s’avançaient vers les frontières ; et leur marche concertée avec