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226 * TABLEAUX HISTORIQUES
» et l’inactivité de la justice, les mécontentemens qui naissent des privations particu-« lières, les oppositions , les haines malheureuses qui sont les suites inévitables des» longues dissensions, la situation critique des finances, et les incertitudes sur la fortune» publique, enfin l’agitation générale des esprits ; tout semble concourir à augmenter» l’inquiétude des véritables amis de la prospérité de l’empire français . «
L’importance de ce début, et l’incertitude où l’on était du genre d’observations quidevait suivre, ne contribuaient pas peu à entretenir le plus profond silence. Le roi ,après un court exposé de sa conduite depuis le commencement de son règne , s’adressantaux représentans , finit par ces mots :
« Continuez vos travaux sans autre passion que celle du bien. Votre première attention» doit se porter sur la liberté publique 5 mais en même temps occupez-vous à calmer les» défiances. La prospérité ne peut revenir qu’avec le contentement général. Si le nouvel» ordre des choses ne s’établit pas sans violence , la France entière sera exposée à toutes» les horreurs de l’anarchie. Par quelle fatalité , lorsque la tranquillité semblait renaître ,» de nouvelles inquiétudes se sont-elles répandues dans les provinces ? par quelle fatalité» s’y livre-t-on à de nouveaux excès? Vous qui pouvez influer par tant de moyens sur» la confiance publique , éclairez sur ses véritables intérêts le peuple qu’on égare. Ce bon« peuple qui m’est si cher, et dont 011 m’assure que je suis aimé quand on veut me» consoler dans mes peines , s’il savait à quel point je suis malheureux à la nouvelle d’un» attentat contre les propriétés ou les personnes, sans doute il m’épargnerait cette dou-» loureuse amertume.
» Le moment est arrivé ou je crois important à l’intérêt de l’État que je m’associe» d’une maniéré plus expresse a l’execution et a la réussite de ce que vous avez concerté» pour le bonheur de la France . Qu’on sache que le monarque et les représentans de» la nation n’ont qu’un même vœu , et que cette ferme croyance répande dans les» provinces un esprit de paix et de bonne volonté. Je maintiendrai donc la liberté» constitutionnelle , dont le vœu général, d’accord avec le mien , a conservé le principe.» Je préparerai de bonne heure l’esprit et le cœur de mon fils au nouvel ordre de choses» que les circonstances ont amené : je l’accoutumerai dès ses jeunes années à être heureux» du bonheur des Français , et à reconnaître , malgré le langage des flatteurs , qu’une» sage constitution le préservera des dangers de l’inexpérience , et que la liberté ajoute» un nouveau prix aux sentimens d’amour et de fidélité dont la France depuis tant de» siècles donne à ses rois des preuves si touchantes. »
Ce discours fit sur l’assemblée nationale l’impression la plus profonde. Non seulementon vota au roi une adresse de remercîment, mais il fut décrété que nul ne serait admisà voter dans le corps législatif, sans avoir pris l’engagement dont le roi venait de donnerl’exemple. Ce serment civique était ainsi conçu : « Je jure d’être fidèle à la nation , à la» loi, et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l’assem-» blée nationale et acceptée par le roi. »
La proclamation de l’acte constitutionnel se fit le 18. Dès le matin, cette fête, si nouvellepour le peuple français , avait été annoncée par plusieurs salves d’artillerie. Vers dixheures , la municipalité de Paris , accompagnée de nombreux détachemens d’infanterieet de cavalerie de la garde nationale , se mit en marche , après avoir fait la première pro-clamation sur la place de l’Hôtel-de-Ville. La seconde se fit au Carrousel ; la troisième àla pl ace des Piques. Elle était conçue en ces termes :
« Citoyens , l’assemblée nationale constituante aux années 178g , 1790 et 1791 , ayant» commencé le 17 juin 1789 l’ouvrage de la constitution, l’a heureusement terminé le» 3 septembre 1791.
» L’acte constitutionnel a été solennellement accepté et signé par le roi le 1 4 du même» mois.
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