DE LA RÉVOLUTION. a 3 9
parti de Brissot se vit incontinent attaqué par celui de Robespierre : de l’autre côté, iln’était pas ménagé par les Feuilîans , qui, en cédant le terrain , ne laissaient pas delui faire acheter très-chèrement la victoire. Les agens des factions extrêmes semblèrentencore alors se donner la main pour semer la division, préparer le désordre et amenerl’anarchie. On chercha plus que jamais à faire suspecter l’intention des ministres , à faireregarder au peuple tous les généraux comme des hommes vendus à la cour , comme destraîtres. Ce n’était sans doute pas commencer la guerre sous d’heureux auspices et demanière à la faire réussir.
A cette même époque on dénonça , pour augmenter la fermentation générale , unprétendu comité autrichien , qu’on disait exister au château des Tuileries . Il paraît queles auteurs de cette nouvelle manœuvre ne voulaient s’en servir que pour perdre dansl’opinion publique ceux qui leur étaient opposés , et que jamais ils ne songèrent à en faireune accusation légale. Us y furent cependant forcés. Deux anciens ministres du roi ,MM. Montmorin et Bertrand, dénoncés par Carra comme membres du fameux comitéautrichien , l’attaquèrent devant les tribunaux. Cette affaire fut portée au corps législatif,où elle occasionna les plus violens débats, les séances les plus orageuses. Cette dis-cussion qui fit tant de bruit, finit par n’avoir aucune suite : il en résulta seulementplus d’aigreur , plus d’animosité dans les esprits , et la preuve évidente de la non-existencede ce prétendi/comité. Enfin,pour faire voir jusqu’où allait la malveillance des agitateurs,nous devons ajouter ici un autre trait , dont on sentira facilement toute la conséquencedans la position où se trouvait alors la France . On publia que le roi n’avait gardé pendantneuf heures le plan de campagne qui avait été arrêté au conseil , que pour avoir le tempsde le transmettre avec plus de sûreté au général des Autrichiens, Beaulieu , qui com-mandait à Mons . Voilà comme l’on se disposait à commencer la guerre.
Ce fut le 28 mai que sortirent de Valenciennes et de Lille les troupes qui devaientmarcher sur Mons et Tournai . Théobald Dillon , officier d’un mérite distingué, maréchalde camp , et commandant à Lille , marcha sur Tournai à la tête de quinze cents hommes.Arrivé à’peu de distance de cette ville , il prit une position avantageuse , et disposaitson attaque, lorsque, prévenues par l’ennemi, qui était en nombre très-supérieure ,nos troupes furent accablées. On conçoit, d apres le tableau que nous avons fait de lamalheureuse disposition des esprits , que ce premier échec fut regardé comme l’effetd’une trahison. Le 29 , vers les onze heures , notre cavalerie fuyant à toute bride , etpoursuivie par celle de l’ennemi , rentra dans Lille par pelotons de trois ou de quatrecavaliers et disant que le détachement avait été trahi par Dillon. La générale futbattue. Dans l’alarme , qui était universelle , on crut que les Autrichiens allaients’emparer de la ville. Le spectacle des blessés qui arrivaient en désordre augmenta lafureur du peuple : et lorsque l’infortuné Dillon rentrait par la porte de Fîmes , onl’arracha de sa chaise et on l’attacha à la lanterne du ci-devant gouvernement, où ilfut fusillé. Une balle ayant cassé la corde du réverbère , le cadavre fut traîné au milieud’une place publique, et brûlé avec toutes les enseignes qui portaient encore les nomsdes princes d’Artois et de Condé. Dans le même instant un aide-de-camp du général ,un officier de génie ( le citoyen Berthois ), et quelques chasseurs tiroliens , furentaussi massacrés sur le simple soupçon d’avoir été les complices de celui qu’on appelaitle traître Dillon. Une autre victime de cette malheureuse journée fut un prêtre réfrac-taire , qui , dit-on , abusant de son ministère , venait de causer une insurrection généraleparmi les fanatiques de Lille . Le supplice de Dillon ayant répandu 1 effroi dans tous lesesprits ce prêtre se sauvait du couvent des Ursulines, déguisé en femme , lorsqu’ilfut reconnu , saisi, fouillé , et trouvé nanti d’un plan de conspiration écrit de sa main(c’est du moins ainsi qu’on l’a publié) , dont le but était de faire égorger tous lespatriotes de Lille et de la garnison dans la nuit suivante.