SOIXANTE-DEUXIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
JOURNÉE DU 20 JUIN 1792.
Le roi avait refusé de sanctionner le décret qui avait été rendu contre les prêtresréfractaires et les émigrés. L’impolitique d’user du droit de veto dans un temps où lesdivers partis pouvaient faire regarder cette mesure , que la constitution accordait aumonarque , comme un moyen dont il commençait d’abuser pour soutenir les ennemisde la révolution, fut le prétexte où le motif de l’insurrection du 20 juin > dont nousallons crayonner le tableau.
Le roi venait de demander à M. Rolland le porte-feuille du ministère de l’intérieur.Celui-ci en donna connaissance à l’assemblée. M. Clavière , qui avait partagé la disgrâcede Rolland , instruisit aussi le corps législatif de sa déchéance. MM. Dumourier et Servanétaient également remerciés , et c’était à eux surtout que les Girondins et les Brissotins avaient confié le développement de leurs forces. Ce contre-temps les rendit furieux.L’agitation fut extrême. Les Jacobins ne gardèrent plus aucune mesure ; des rassem-blemens nombreux se formèrent sur toutes les places publiques , et particulièrementdans le faubourg Saint-Antoine, dont les habitans, dans toutes les crises de la révolution ,ont été tour-à-tour , sans savoir ce qu’ils faisaient, les agens des divers factieux quiont voulu s’emparer de la confiance publique.
Le 19 juin 1792 , ceux qui avaient projeté un bouleversement pour le lendemainne dissimulaient plus leurs intentions ; ils les annonçaient publiquement. On vintprovoquer ce nouveau déchirement jusques dans le sein de l’assemblée nationale même ,où siégeaient ses véritables auteurs. Une députation d’individus , se disant citoyens deMarseille , se présenta à la barre , et y déclama une pétition , ou plutôt annonça unprojet de massacre dont voici la substance : « La liberté française est menacée , s’écriaient-« ils ; les hommes libres du Midi sont prêts à marcher pour la défendre. Le jour de» la colère du peuple est enfin arrivé. Ce peuple qu’on a toujours voulu, égorger ou» enchaîner, est las de parer des coups : il veut en porter, et anéantir les conspirations.» Il est temps que le peuple se lève. Ce lion généreux, mais trop courroucé, va sortirde son repos pour s’élancer sur la meute des conspirateurs. La force populaire fait
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