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tyrans ; nous nous levons pour les venger. Le pourtour intérieur du champ de la fédérationétoit garni de 83 arbres portant les noms des départements , et élevés devant unpareil nombre de tentes hospitalières , que Paris avoit fait dresser pour ses freres detout l’empire.
Les hommes du juillet 1789 arrivèrent à cinq heures , se tenant presque touspar le bras , et ne formant pour ainsi dire qu’une chaîne , de la Bastille au champde la fédération. Us chantoient en marchant des hymnes à la liberté , à la patrie ,à leurs représentants iideles , à leurs magistrats intégrés. Us portoient avec eux unepresse d’imprimerie, qui à chaque station multiplioit les copies de leurs chansonsciviques , et qui méritoit, peut-être aussi bien que le canon , la fastueuse inscriptionUltima ratio. G’étoit la première fois que le peuple rangeoit parmi les objets de son culteune presse d’imprimerie. U étoit digne des Français devenus libres de rendre à cettebelle invention des honneurs proportionnés aux services qu’en a reçus le genre humain.Un jour viendra sans doute où l’anniversaire de cette admirable découverte sera célébrécomme la plus belle époque de l’histoire des peuples libres et éclairés. Si la reconnois-sance doit suivre les bienfaits , qui, plus que l’imprimerie , mérite celle des peuplesqu’elle a instruits de leurs droits , de leurs moyens de bonheur , qu’elle a délivrés dessuperstitions , du despotisme, de l’ignorance enfin , pire que tous les autres maux ? illeur suffiroit pour connoître son prix , de voir de combien d’entraves les tyrans detoute espece l’ont accablée ; ce n’étoit qu’en l’enchaînant qu’ils pouvoient se flatterd’être impunément injustes ; et la marque la plus certaine d’un gouvernement oppresseurest sans contredit l’esclavage de la presse. L’hommage simple et désintéressé que lepeuple français lui rendoit à cette époque prouvoit que , s’il étoit encore privé delumières , il savoit au moins en faire cas , puisqu’il honoroit jusqu’à l’instrument quiservoit à les répandre. Ce fut sur l’autel de la patrie que Louis XVI prêta son sermentde fidélité. U étoit entouré d’une triple haie de baïonnettes , presque toute composéede troupes de ligne. C’étoit pour la derniere fois que Louis XVI devoit paroître enroi. U ne falloit plus qu’un mois d’attente pour voir tomber sur lui la foudre , qui,depûis le 20 juin , ou plutôt depuis les 5 et 6 octobre , n’avoit cessé de gronder sursa tête , et de mugir sous ses pas.