DE LA RÉVOLUTION. *$g
Comment ne s’en seroit-on pas tenu à la nouvelle méthode? les amphithéâtres nedésemplissoient point d’une jeunesse ardente et généreuse qui vouloit se faire inscriretoute à-la-fois. Ce n’est que dans les états libres , où tous étant intéressés à la chosepublique , se trouvent engagés à la défendre , que l’on peut connoître un pareildévouement. Il gagna toutes les classes de la société. On vit trois jeunes lazaristes prendrele parti des armes ; des hommes mariés, des fils uniques , voulurent en être : oncraignit que les atteliers 11e restassent déserts. Le soir du 22 et les jours suivants, c’étoitun doux spectacle de voir le magistrat, quittant enfin la place publique, s’en retournerà la maison commune , son registre sous le bras , et suivi d’une longue file d’enfantsde la patrie de toute profession, de tout âge, depuis l’adolescence jusqu’à la virilité,tous gais , l’œil brillant de courage , se tenant par la main , et marchant déjà le pasde charge au milieu d’une foule de citoyens qui les accompagnoient jusqu’à la placede Greve. « Voilà ma moisson d’hommes d’aujourd’hui, disoit l’officier municipal au« conseil assemblé : cette jeunesse s’est levée à la première invitation de ses magistrats ;v elle ne demande que des armes pour partir. »
En effet, dès le lendemain de leurs engagements, on vit sur les grandes routes denombreuses phalanges de ces jeunes gens, le sac sur le dos, et vêtus encore deshabits de leurs professions , prendre le chemin des frontières. Ils étoient accompagnés,en sortant de Paris , par leurs meres, leurs sœurs, par tous les objets de leurs plustendres affections : les hommes ne les suivoient point, ils auroient rougi de ne pasmarcher avec eux. Cette bridante jeunesse répondoit par des chants patriotiques auxlarmes de ses parents. La patrie appeloit ses enfants aux frontières $ fortune , amis ,parents, tout cela n’étoit plus rien pour eux. Brave jeunesse, ce n’est pas une seulefois que la patrie a imploré votre secours , et jamais elle ne vous a trouvé sourde àses prières. Vous lui avez sacrifié sans murmures votre plus bel âge, celui des plaisirs,des travaux utiles, jusqu’à la gloire qui attendoit peut-être plusieurs d’entre vous.Cinq ans de périls continuels ne vous ont point découragée ; vous avez dignementrempli tous vos devoirs ; et après avoir vaincu toute l’Europe, c’est encore vous,c’est votre généreux dévouement que nous présenterons à la postérité , pour nousfaire absoudre d’avoir souffert la tyrannie, et d’avoir laissé inonder de sang l’autelsacré de l’humanité.
Tandis qu’on proclamait que la patrie étoit en danger , au lieu de chercher àcalmer tous les motifs de division, et à se réunir contre l’ennemi du dehors, Brissot et ceux de son parti, d’accord., sur cet objet seulement, avec les jacobins , faisoientrenvoyer à un comité de législation l’examen de la question de savoir si Louis XVI n’avoit pas encouru la déchéance. D’un autre côté , les pétitions les plus violentes ,les journaux les plus incendiaires, augmentoient la fermentation , le trouble et ledésordre. On accusoit, on calomnioit, on dénonçoit à tous moments , tantôt lesgénéraux, fantôt les ministres, tantôt le chef suprême du pouvoir exécutif, qui,pour se mettre à l’abri des insultes qu’on entendoit sans cesse sous les fenêtres deses appartements , et dont la reine étoit particulièrement l’objet , avoit ordonné defermer le jardin des Tuileries . Cette précaution fut un nouveau motif de trouble et dediscorde.
L’assemblée législative prit elle-même parti dans l’affaire du jardin. On délibéra long-tempssur la question de savoir si la cour avoit le droit de priver le pubilc de la jouissanced’une promenade qui lui avoit été abandonnée de temps immémorial. Après beaucoupde débats, on déclara que la terrasse des Feuillants seroit seulement réservée pourservir de passage à ceux qui se rendoient aux séances de l’assemblée. Un ruban tricolor