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Tome premier.
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SOIXANTE-HUITIEME TABLEAU

DE LA REVOLUTION.

STATUES DES ROIS DE FRANCE RENVERSÉES.JOURNÉES des ii , 12 et i 3 AOÛT 1792.

N o u s avons rendu compte, sans aucun ménagement, des cruautés qui furent commisesdans la journée du io août'; nous n’avons point cherché à en diminuer le nombre,ni à en atténuer les circonstances , persuadés que cette journée conservera aux yeuxde nos descendants un caractère de grandeur qui effacera sans peine les taches quiont pu la souiller , ainsi que les crimes qui se sont déchaînés à sa suite ; et que lapostérité plus juste que nos contemporains , saura établir une distinction entre lesvéritables fondateurs de la république , et les chefs de parti , ou les hommes salariésqui se confondirent dans ce vaste rassemblement. C’est pour elle aussi que nousnous occupons à recueillir les faits qui peuvent lui faire connoître complètementles objets de son étonnement, et peut-être de son admiration. Cette journée vitéclater bien d’autres traits saillants que ceux du courage et de la force , qui yjouèrent le principal rôle. Le peuple français avoit été si peu dirigé par un intérêthonteux , que , maitre d’un palais immense , entouré des richesses du premierroi de l’univers, il ne déshonora point sa victoire par le pillage. On ne saurait trople répéter 5 le peuple, pris collectivement, est facile à égarer ; mais il veut toujoursle bien, ou ce qu’on lui fait envisager comme tel. Des gardes s’établirent à chaqueporte, faisant soigneusement exécuter la consigne qu’ils s’étoient donnée d’eux-mêmes,que chacun sortît les mains vuides ; et, dans ce jour où le peuple crut ne devoir rienpardonner, on mit à mort sur-le-champ tous ceux qui furent convaincus d’avoirdérobé le moindre objet précieux. Bientôt le bureau du corps législatif fut couvert del’or , de l’argent, des diamants, de la vaisselle que l’on avoit trouvés dans le château :l’auteur de ce discours a vu une file de deux cents citoyens qui portoient à la maisoncommune des vases de porphyre, des pendules ornées de brillants, etc. ces bijouxmagnifiques contrastoient de la maniéré la plus frappante avec les haillons de ceuxqui les portoient. Pleins de joie, chantant, dansant, et criant vive la nation ! ils alloientdéposer fidèlement ces richesses entre les mains de leurs magistrats , qui n’en furentpas des gardiens si incorruptibles.

Les Parisiens avoient su vaincre ; ils voulurent profiter de leur victoire. Dès lelendemain, une foule immense se porta sur toutes les places publiques pour y abattre

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