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Tome second.
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3 84 TABLEAUX HISTORIQUES, etc.

Ce digne militaire , que vingt-cinq ans de services honorables dans les armées royalesavaient laissé dans le grade le plus obscur , choisi depuis peu pour commander unbataillon de ses concitoyens , portait au plus haut degré le respect de la discipline et la.passion de la liberté , réunion si nécessaire pour former les généraux républicains. Ilaurait figuré sans doute parmi les héros de cette guerre , et nous le regretterions sousce point de vue , si par son dévouement sublime il n’avait donné à la France un exempled’autant plus utile , que le découragement se mettait dans l’armée à la vue de nos placeslivrées , et des progrès de l’ennemi sur notre territoire.

Beaurepaire, après avoir combattu de tout son pouvoir la résolution que l’on voulaitprendre , voyant ses efforts inutiles , que la capitulation allait être signée , se contentade dire , Pour moi, j’ai juré de mourir libre ; et il se cassa la tête d’un coup de pistolet,dans la salle de l’hôtel-de-ville. La reddition n’en eut pas moins lieu, ce jour même , lea septembre.

L’armée française occupait alors le fameux camp de Grand-Pré , situé dans la forêtde l’Argone , que Dumourier avait nommé avec raison les Thermopyles de la France .Quelque découragement que lui inspirât la reddition précipitée de Longwi et de Verdun ,l’héroïsme de Beaurepaire ranima l’esprit du soldat, et il ne demanda plus qu’à marcherà l’ennemi. 11 faut avoir vécu à cette époque , et surtout dans nos camps , pour avoirune juste idée du noble orgueil , de l’enthousiasme qui animait alors les Français .L’amour de la patrie , le désintéressement, le courage , toutes les vertus publiques ,avaient atteint ces proportions qui nous paraissaient gigantesque chez les Grecs et lesRomains.

L’assemblée nationale ne négligeait rien pour entretenir l’esprit public dans ce degréde force. Un décret fulminant avait été rendu contre les lâches de Longwi. Toutes lesmaisons devaient être rasées , à l’exception des fortifications et des édifices publics ; leshabitans furent déclarés infâmes -, défense fut faite aux caisses publiques de leur remettreaucuns fonds , etc. Ces mesures rigoureuses devaient arrêter la contagion de l’exemple ,en même temps que le genre et la grandeur des récompenses qu’accordait la nationencourageaient à lui rester fidèle. La -mort héroïque de Beaurepaire avait pénétré lesFrançais d’admiration ; les arts , les livres , les théâtres reproduisaient son action sublimesous toutes les formes ; une section de Paris s’honora sur-le-champ en prenant le nomde ce vertueux citoyen -, et enfin un décret solennel lui accorda les honneurs du Panthéon .Une garde choisie fut chargée d’aller chercher ses restes , qui étaient déposés à Sainte-Ménéhould : ils furent conduits à Paris , au milieu du concours de tous les citoyens ,sur un char simple , qui portait cette inscription : Il aima mieux mourir que de capituleravec les tyrans.