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Tome second.
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u86 TABLEAUX HISTORIQUES

grand pouvoir. Une immense quantité de bijoux précieux et de matières d’or et d’argentavait été portée à la commune, soit du château des Tuileries , soit de chez les citoyensarrêtés : la cupidité des commissaires n’avait pas pu résister à la vue de ces trésors, et laplus grande partie en était dispersée, dilapidée, sans qu’on pût espérer de leur en fairerendre compte. Le ministre Roland les poursuivait pour cet objet avec une rigueur dé-sespérante. Ils eurent beau l’injurier , le menacer, et en venir même jusqu’à attenter à sapersonne $ Roland tenait ferme ; et un décret positif vint le seconder en ordonnant laremise des bijoux. D’une autre part, le corps législatif, qui avait enfin senti combien étaitdangereuse cette autorité rivale, venait de casser, le 3 o août, la commune provisoire deParis , en déclarant toutefois qu’elle et les fédérés du io avaient bien mérité de la patrie.

Ce dernier décret, qui attaquait jusqu’à son existence, la fit frémir sur le sort qui l’atten-dait. Elle vit que la convention, s’organisant sous des auspices favorables, et revêtue detoute la confiance du peuple, pourrait mettre à son gré un frein à l’anarchie ; elle sentit lanécessité d’imprimer la terreur à Paris et à toute la France, s’il était possible,afin de com-poser la convention de gens de son parti ; et ce motif, bien puissant à ses yeux, joint à tousceux que nous avons déjà exposés , amena les affreux évènemens de septembre.

La circonstance n’était que trop favorable à ce projet, les ennemis s’avançaient victorieuxsur notre territoire : enfin le 2 septembre au matin on répandit le bruit prématuré queVerdun s’était rendu, et que les Prussiens étaient en pleine marche sur Paris . A cette nou-velle , un cri général s’élève 5 une jeunesse innombrable demande des armes , et veut volersur-le-champ aux combats : on désigne Châlons pour s’y réunir, pour y attendre l’ennemi,pour décider dans une bataille le salut de la république. Danton , alors ministre de la jus-tice, profite de cet élan généreux, monte à cheval, et déclare qu’il faut que Paris fournisse60 mille hommes dans trois jours. En même temps la commune et ses affidés font entendreau peuple qu’il n’est pas prudent de partir, et de laisser les femmes, les enfans des pa-triotes , exposés à la fureur des conspirateurs qui remplissaient les prisons ; que tousces détenus étaient armés, et qu’ils devaient s’évader dans la nuit suivante , délivrerLouis XVI et sa famille, etc. Les âmes exaltées par des passions généreuses se laissèrenttrop facilement entraîner à ces suggestions perfides. Dès le matin les barrières de Paris ,qu’un décret avait ordonné de laisser ouvertes, furent refermées par ordre de la commune.On arrêta plusieurs voitures qui cherchaient à sortir de la ville. Quinze individus qui setrouvèrent dedans furent massacrés sans examen : parmi eux étaient quelques prêtres.Enfin le canon d’alarme se fait entendre à deux heures après midi, le tocsin sonne , lagénérale est battue : à ces signaux les assassins se portent aux prisons.

Ce fut aux Carmes que l’on fit les premiers massacres. Ce monastère renfermait les prêtresqui avaient refusé de prêter serment ; ils furent tous immolés, à l’exception de deux , l’undesquels se trouva l’abbé Sicard, instituteur des Sourds et Muets. Le courage d’un gardenational, nommé Monnot, sauva cet homme si estimable par les services qu’il ne cesse derendre à la société.

On n’avait gardé aucun ordre , on n’avait observé aucune forme dans cette premièreexpédition ; ces prêtres infortunés avaient paru sans doute suffisamment convaincus parleur titre et par leur refus de prêter serment. Mais dans les prisons où l’on se porta ensuite,et à celle de l’Abbaye particulièrement , on forma un tribunal de douze personnes choisiesparmi les assistans 5 et ces juges d’une espèce nouvelle , investis par leurs commettans dudroit de vie et de mort sur les prisonniers , s’assirent entre les guichets et commencèrentà remplir leurs fonctions. Tous les détenus d’un nom illustre , évêques , ministres , cour-tisans , furent sacrifiés presque sans examen. On relâcha de même sans beaucoup de forma-lités ceux qui n’étaient en prison que pour dettes : leur écrou suffit pour les délivrer. Maisce fut aux prévenus de délits contre-révolutionnaires , ou de fabrication de faux assignats,que s’attacha surtout le redoutable tribunal. Que l’on se figure , s’il est possible , l’état desaccusés devant ces juges qui ne prononçaient presque que des condamnations , entendantles cris d’une populace féroce , altérée de sang , et craignant qu’on ne laissât refroidir sa