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Tome second.
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288 TABLEAUX HISTORIQUES, etc.

qui les ont laissées se consommer trop complaisamment pour n’en avoir pas été lescréateurs. Mais vous , Parisiens , vous qui n’êtes point réservés pour tant de honte, voussi terribles et si justes vingt jours auparavant, quel nom voulez-vous que l’on donne avotre inconcevable apathie ?

Roland, plus courageux, publia dès le 3 septembre une lettre au corps législatif,dans laquelle il s’éleva , avec tout le courage de la vertu , contre ces horribles exécutions.Il finissait par offrir sa démission si l’on ne lui donnait pas le moyen de punir les assassins.Cette lettre , pleine de force , de raisonnement , de patriotisme , et de sentimens honnêteset vertueux , forme , avec celle qu’il écrivit à Louis XVI à sa sortie du ministère , unmonument de gloire qui rendra le nom de Roland éternellement cher aux vrais amis dela liberté et de la vertu. Les barbares ne lui ont pas pardonné de les avoir si bien connus ,ils l’ont proscrit -, ils l’ont forcé de se frapper de sa propre main ; et son épouse a payé surl’échafaud le crime, irrémissible à leurs yeux, d’avoir porté le nom de Roland , et d’avoirété aussi courageuse et aussi républicaine que lui.

Ce fut le 2 septembre au soir que périt à la Force la princesse de Lamballe, à laquelleon ne donna la mort qu’après qu’elle eut essuyé les outrages de la plus grossière brutalité.On lui coupa la tête ; elle fut portée au bout d’une pique jusques sous les fenêtres duTemple , d’où Louis XVI et sa famille purent aisément la reconnaître.

On compta quelques actes de justice, de générosité , dans ces affreuses journées , commeon voit l’éclair sillonner le ciel obscurci par l’orage. Jouneau , député du corps législatif,renfermé à l’Abbaye par suite d’une rixe avec un de ses collègues , traversa sain et saufla foule des assassins avec sa carte de député sur la poitrine : ce fut la tête de Médusepour ceux qui allaient s’abreuver de son sang.

Le vieux Sombreuil , gouverneur des Invalides , allait être condamné quand sa fille ,qui avait voulu partager sa prison et qui ne l’abandonna point dans ce moment terrible ,se jeta aux pieds des juges et parvint par ses larmes et ses prières à obtenir la vie et laliberté de son père. Cette nouvelle Antigone eut une digne émule dans la fille de Cazotte ,auteur d ’Ollivier et d’autres poemes agréables ; il fut pareillement sauvé par elle. Ces deuxvieillards ont péri depuis sous la hache du tribunal révolutionnaire, moins indulgent queles bourreaux de septembre.

Celui de qui nous empruntons ici quelques détails fut lui-même acquitté après uninterrogatoire assez long , auquel il répondit avec autant de présence d’esprit qüe defranchise. U nous a conservé les mots salutaires , proférés par un des juges , et quidéterminèrent son absolution : « Nous ne sommes pas ici pour juger les opinions , mais>* leurs résultats...» Cet appel aux principes , au milieu des cadavres et des assassinats ,n’est pas une des particularités les moins recommandables de ces journées. Dès qu’il futacquitté , on lui fit mettre son chapeau sur sa tête ; et un des trois députés chargés de lereconduire chez lui, s’écria, Chapeau bas. .. . Citoyens , voilà celui pour lequel my jugesvous demandent aide et secours. Ces paroles prononcées , le pouvoir exécutif (i) l’enleva , et ilfut embrassé par tous ceux qui l’entouraient. Les spectateurs criaient , Vive la nation !et, placé sous la sauve-garde du peuple , il parvint à sa demeure en toute tranquillité.Les trois députés qui l’escortaient étaient un garçon perruquier, un maçon, et un fédéré.Quand ils eurent remis l’acquitté entre les bras de son ami , le premier mouvementde celui-ci fut de leur offrir son porte-feuille. Us lui répondirent , Nous ne faisons pasce métier pour de l’argent ; voilà votre ami ; il nous a promis un verre d’eau-de-vie ; nous leboirons , et nous retournerons à notre poste.

Peu de jours après , le comité de surveillance de la commune écrivit une circulaireoù elle invitait toutes les municipalités à suivre l’exemple de Paris. A Meaux, à Lyon ,et dans d’autres villes, on répandit des flots de sang. La perte de la France semblait juréepar les exécrables auteurs du 2 septembre... Excidat ilia dies !...

( 1 ) C’est ainsi que les tueurs se nommaient.