Band 
Tome second.
JPEG-Download
 

SOIXANTE-TREIZIÈME TABLEAU

DE LA RÉVOLUTION.

PRISE DE SPIRE, LE 29 SEPTEMBRE 1792.

Nous avons vu les Prussiens déjà maîtres de deux forteresses, et se répandant sur laFrance comme un torrent dévastateur. Il n’existait entre eux et la capitale aucune placeen état de leur résister ; la défection d’un de nos généraux , les divisions d’opinions quirégnaient entre quelques autres, avaient nui à la discipline des troupes ; et les arméesfrançaises , faibles, dispersées et peu aguerries, semblaient incapables d’arrêter la marched’un ennemi aussi redoutable par sa force que par les talens de ses chefs. Le maréchalLuckner, qui commandait l’armée de la Moselle, n’inspirait plus la confiance qu’il avaitobtenue au commencement de la guerre. Ce vieux militaire , qui ne manquait pas d’es-prit , mais dont la tête était étroite, avait été un excellent chef de parti, et fut un fortmauvais général. Il lui était impossible de saisir les immenses détails de sa place *, et,obligé de s’en rapporter à d’autres qu’à lui-même, il s’était livré entièrement à M. deLafayette dont il avait été le jouet. Cette raison , jointe à sa retraite précipitée desPays-Bas où il avait eu des succès, et à son inaction pendant que les ennemis envahis-saient la Lorraine , l’avait rendu suspect à tous les partis, et lui fit ôter bientôt aprèsle commandement de son armée.

C’était à un homme inconnu jusqu’alors dans le métier des armes qu’était réservée lagloire de sauver la France ; un général qui n’avait jamais commandé en chef devait seplacer par une seule campagne au rang des meilleurs capitaines de son siècle : cet hommeextraordinaire est Dumourier . Les commissaires du corps législatif lui avaient remis , le 18août,le commandement de l’armée du Nord au milieu de son camp de Maulde , qu’il avaitmaintenu malgré les ordres de Luckner et de Lafayette, et dont la position servait effica-cement à la défense de la frontière. Ses braves soldats, aguerris par ses soins, et quiavaient été plusieurs fois témoins de sa valeur , furent enchantés de voir leur généralhonoré de la confiance publique ; mais ils lui firent promettre qu’il 11e les quitterait point.Dumourier croyait en effet qu’il pourrait leur tenir parole. Son projet favori était toujoursl’invasion de la Belgique ; il voulait prouver que c’était par la faute de Luckner, et nonpar celle de son plan, que la première tentative n’avait pas réussi ; et il croyait qu’ilétait convenable dans cet instant plus que dans aucun autre de le mettre à exécution.L’ennemi n’eût pas souffert que l’on envahît ses possessions , et la nécessité de s’y opposer

D 4