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Tome second.
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DE LA RÉVOLUTION. 3 o 7

et couvert à demi sur son lit de mort. Le piédestal de la statue de Louis XXV , placeVendôme , était disposé pour le recevoir. La vue de cet objet touchant déchirait l’amede tous les citoyens qui remplissaient cette place. Les habits percés et tout sanglans dela victime \ le sabre teint encore de son sang ; ce corps étendu et laissant voir la blessuremortelle qu’il avait reçue ; la tête penchée , pâle, mais non défigurée , et paraissantplongée dans le sommeil le plus calme ; les dernières paroles du mort transcrites surle piédestal } son frère morne et chancellant derrière -, à l’entour , une foule de canonniers ;devant , un chœur de musique faisant entendre de loin en loin des accens plaintifssuspendus par le roulement sourd des caisses militaires recouvertes de drap noir ; lastatue de la Loi étendant son bras comme pour atteindre l’assassin ; joignez à cela unciel nébuleux , des torches funéraires , des cyprès , un silence religieux , et surtout lessouvenirs de la journée du 21 : tout concourait à laisser dans l’ame une impressionprofonde -, tout prouvait la puissance des grands spectacles sur le peuple quand ils sontanimés par des idées morales , qui émeuvent le cœur en même temps que la cérémoniefrappe les yeux. Le président de la convention monta près du mort, et lui posa sur latête une couronne de chêne parsemée de quelques fleurs. Ce beau mouvement, ce grandacte de reconnaissance exprimé d’une manière à-la-fois simple et touchante , produisitla plus vive sensation.

Pendant la marche , ont fit plusieurs stations , particulièrement devant les clubs desJacobins et des Cordeliers. Il était assez singulier que , dans une cérémonie dont onécartait avec soin toute apparence religieuse, on rendît des honneurs à des agrégationsqui avaient conservé des noms monastiques. Quoi qu’il en soit, les sociétés populaires ,qui avaient été le principal mobile de la dernière révolution, exerçaient alors une grandeinfluence sur l’opinion publique , et par cela même devenaient souvent dangereuses aucorps législatif : on ne put s’empêcher de les associer au triomphe de celui qu’ellesavaient possédé dans leur sein. Le cortège se reposa devant le club des Cordeliers , dontla façade était couverte de guirlandes de cyprès : une harangue et une hymne y furentproférés. La police de la cérémonie avait été laissé au peuple , qui la fit parfaitement.Des deux côtés , des piques mises au bout l’une de l’autre formaient une 1 balustradederrière laquelle la foule se trouvait naturellement rangée , et laissait le milieu.de larue tout-à-fait libre.

Quand on fut arrivé au Panthéon , le corps de Lepelletier fut porté sur une stradeelevée : la musique, placée dans les galeries supérieures, fit entendre un morceau d’ex-pression d’un grand effet. Les deux frères de l’illustre victime étaient debout et têtenue au pied de son lit de mort. L’aîné prononça un discours où il retraça les travaux deson frère , le plan d’instruction publique qu’il avait laissé ; et il prit l’engagement demourir s’il le fallait, comme son frère , pour soutenir les droits du peuple.

Un membre de la convention ( c’était Barrère ), après avoir fait l’éloge de son collègue ,proposa de jurer sur son corps d’éteindre toutes les animosités personnelles, et de seréunir pour sauver la patrie. Tout l’auditoire leva la main , et sembla faire ce serment.Que de maux eût épargné à la France sa rigoureuse observation !

Ce qui fit plus d’impression que tous les discours , ce fut le mouvement d’un volontairequi s’élança sur l’estrade , y saisit le sabre dont Lepelletier avait été frappé , et, le bran-dissant dans les airs , jura qu’il vengerait ce forfait. Il ne tarda pas en effet à être puni.

Paris ne sortit de Paris que le 26 janvier , quand il vit que les perquisitions que l’onfaisait avec le plus grand soin le feraient trouver infailliblement. U voyageait a pied ,revêtu de l’uniforme de garde national , ses cheveux coupés à la Francklin. Il passa parGisors , Gournai ; et là, au lieu de suivre la grande route , il prit le chemin qui conduit