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ne répondit qu’en demandant un confesseur , qu’on lui accorda , et un délai de troisjours pour se préparer à paroître devant Dieu , ce qui lui fut refusé. La permissionde voir sa famille, qui lui avoit été interdite pendant tout le temps de son procès ,lui fut enfin rendue ; sa femme , sa sœur , ses enfants vinrent mêler leurs larmes auxsiennes •, il eut assez de force d’esprit pour ne pas les revoir le lendemain avantd’aller à l’échafaud.
Il passa une partie de la nuit avec son confesseur, qui lui dit la messe le lendemainmatin , et le communia. Il reposa fort bien dans cette nuit qui devoit être la dernierede sa vie , se leva à cinq heures , se fit habiller et coëffer. Pendant ce temps, il essayaun anneau d’alliance , qu’il détacha de sa montre , et sur lequel étoient gravées l’époquede son mariage, et les lettres initiales du nom de sa femme. Il chargea son valetde chambre de remettre cette bague à sa famille , ainsi qu’un cachet de montre enargent sur lequel étoient gravées les armes de France . 11 donna son testament à unofficier municipal , et descendit avec assez de fermeté. Arrivé à la voiture, quiétoit celle du maire , il y monta -, son confesseur se plaça auprès de lui *, le lieutenantet le maréchal-des-logis qui l’accompagnoient étoient en face. Pendant le trajet il lutles prières des agonisants et les pseaumes de David. Le silence le plus profond régnoitautour de lui. Arrivé à la place de la Révolution , il recommanda plusieurs fois aulieutenant son confesseur , et descendit de voiture. Aussitôt il fut remis entre les mainsde l’exécuteur. Il ôta lui-même son habit et son col, et resta couvert d’un simplegillet de molleton blanc. Il ne vouloit pas qu’on lui coupât les cheveux, et surtoutqu’on l’attachât ; quelques mots dits par son confesseur le décidèrent à l’instant. Ilmonta sur l’échafaud , s’avança du côté gauche , le visage animé , considéra pendantquelques minutes les objets qui l’environnoient , et demanda si les tambours necesseroient point de battre ( 1 ). Il s’avança vers la balustrade , et témoigna une grandeenvie de se faire entendre des assistants. Il répéta plusieurs fois ces mots Messieurs ,Messieurs .. . . , et auroit continué de parler ; mais plusieurs voix crièrent aux exécuteurs ,qui étoient au nombre de quatre , de faire leur devoir. Pendant qu’on lui mettoit lessangles , il prononça distinctement ces mots : Je meurs innocent ; je pardonne à mesennemis : je desire que mon sang soit utile aux Français , et qu’il appaise la colere deDieu . A dix heures dix minutes , sa tête fut séparée de son corps , et ensuite montréeau peuple. A l’instant le cri de Vive la République ! se fit entendre de toutes parts.
Les restes de Louis XVI furent enfermés dans une manne d’osier et conduits aucimetiere de la Madeleine. On les plaça dans une fosse entre deux lits de chaux vive :une garde y fut établie pendant quelques jours. Benoit-le-Duc avoit demandé à la con-vention la permission de les faire inhumer auprès des restes de son père ; mais sapétition fut écartée par l’ordre du jour.
Aussitôt après l’exécution , on vit deux personnes , qui paroissoient étrangères ,témoigner un grand intérêt pour posséder les restes de Louis XVI . L’une paya fort
( 1 ) Santerre , commandant alors de la garde nationale parisienne, avoit ordonné aux tamboursde faire un roulement.