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Tome second.
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3 2 6 TABLEAUX HISTORIQUES

secrètement par quelques hommes adroits , se mirent à la tête des mouvements patrio-tiques pour les diriger à leur gré suivant leurs intérêts. Les dettes énormes dont presquetous étoient chargés leur fai soient envisager toute espece de révolution comme avan-tageuse , puisqu’elle pouvoit les soustraire à leurs créanciers 5 ils avoient en outrel’espoir de se substituer aux autorités militaires et civiles qui gouvernoient la colonie :l’idée de l’indépendance, fortifiée par l’exemple des Américains du continent, les flattoitencore davantage. C’est à ces motifs qu’il faut attribuer le succès que les opinions patrio-tiques et les nouvelles venues de la métropole eurent à Saint-Domingue pendant quelquetemps. Dès le commencement de 1790 se forma l’assemblée qui reçut son nom de la villede Saint-Marc où elle s’étoit réunie. Les colons qui la composoient se déclarèrent, il estvrai, les ennemis du gouverneur et de son état-major qui manifestoient ouvertementleur haine pour la révolution ; mais en même temps les sentiments qui les animoientperçoient dans tous leurs actes , qu’ils qualifioient de décrets. Cette assemblée se prétenditrevêtue des pouvoirs législatifs , exécutif, et judiciaire. A ces titres elle destitue legouverneur général , s’empare des fonds de l’ordonnateur des finances , ne propose desoumettre ses actes qu’à la sanction du roi , et ne veut recevoir de lois de la métropolequ’autant qu’elles auront été consenties par les deux puissances.

Sa conduite avec les gens de couleur avoit d’abord été douce et humaine ; elle avoitpromis d’améliorer leur sort malheureux. Mais quand les décrets des 8 et 28 mars , quiadmettoient toute personne libre dans les assemblées politiques , furent parvenus àSaint-Domingue ; alors , la haine l’emportant sur la prudence , elle déclara qu’elle nereconnoissoit point sous cette dénomination les hommes de couleur. Sans doute elle neles regardoit pas comme des personnes.

Chassée de la colonie à cause de sa tyrannie, elle se réfugia en France , où l’assembléeconstituante , par son décret du 12 octobre 1790, cassa ses actes et prononça sa dissolution.Ce décret, juste en ce point , réveilla l’audace des agents du gouvernement, qui avoientd’abord été terrassés par les colons : et quand ceux-ci furent de retour à Saint-Domingue ,les deux partis recommencèrent à lutter avec de nouvelles forces et des intentionségalement perfides. Les uns vouloient tout soumettre au roi ; et les autres vouloientabsolument devenir législateurs et indépendants.

L’influence des colons fut encore long - temps dominante à Saint - Domingue . Ilsfirent massacrer le colonel Mauduit qui avoit agi contre eux pour le gouvernement *,ils tourmentèrent , emprisonnèrent les citoyens de couleur. C’est sans doute audésespoir des opprimés qu’il faut attribuer l’armement des ISegres dans les habitationsde leurs persécuteurs. Pendant que ces orgueilleux planteurs , dévorés du désir defaire des lois, formoient une seconde assemblée coloniale (vers le mois d’août 1791)pour s’opposer à l’exécution du décret du i 5 mai qui reconnoissoit positivementl’existence politique des citoyens de couleur , leurs esclaves , le fusil d’une main etla torche de l’autre , portoient l’incendie de toutes parts. Les colons , qui comptoientpouvoir arrêter ces mouvements , furent bien aise d’y trouver un prétexte pour calomnierla France , dont les lois irréfléchies causoient, suivant eux , tous leurs malheurs , et pourformer avec le gouvernement anglais des liaisons que les circonstances sembloientrendre légitimes. Ce ne fut donc que le 25 septembre 1791 que partit le vaisseau quiportoit à la métropole la nouvelle du désastre de la colonie, tandis que ses commissairesrésidoient depuis plus d’un mois à Londres et à la Jamaïque , où ils employoient lesplus vives instances pour obtenir des secours.

Cependant, quand la révolte des noirs se fut accrue au point de demander les plusprompts et les plus puissants remedes , les grands propriétaires formèrent dans plusieursquartiers des concordats avec les citoyens de couleur. Ces pactes , où on leur accordoitla jouissance d’une partie de leurs droits , auroient suffi pour les contenter et pour

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