QUATRE-VINGT-DEUXIEME TABLEAU
DE LA REVOLUTION.
ATTAQUE DE NANTES PAR LES VENDÉENS, LE 29 JUIN i 79 3 (V. *);11 MESSIDOR, AN I er DE LA RÉPUBLIQUE .
La révolte de la Vendée et l’horrible guerre qui en a été la suite sont une partietrop importante de l’histoire de la révolution française pour ne pas en transmettre lescaractères principaux et les détails les plus intéressants. Cette guerre, qui a déchiré lesein de la république pendant qu’elle avoit à se défendre d’une foule innombrable d’autresennemis j leur a semblé le plus sûr moyen de triompher d’elle ; tous leurs efforts sesont réunis pour l’entretenir : et quand on sera parvenu à éteindre ce feu, d’autant plusactif qu’il étoit nourri par les passions les plus puissantes sur le cœur humain , on aurabien long-temps à gémir sur les traces cruelles qu’aura imprimées son ravage.
La Vmdée , petite riviere du bas Poitou, a donné son nom à un département bornéa l’ouest par l’Océan, entre les embouchures de la Loire et de la Charente . Ce pays ,renommé par sa fertilité et par le grand nombre de bestiaux que l’on engraissoit dans sespâturages, étoit peuplé par une race d’hommes bons, simples, attachés à leur croyancereligieuse , à leur sol, et sur-tout peu enclins à la guerre. Ce sont ces hommes néanmoinsqui, depuis , attaqués dans des affections qui leur étoient cheres , froissés par des idéesnouvelles qui contrarioient leurs antiques préjugés, n’ont pris conseil que de leurs passionspour entreprendre une guerre horrible, sans armes , sans généraux, sans aucun moyende défense. Leurs hordes désordonnées ont triomphé de toutes les réglés de l’art, etrendu vaines les savantes combinaisons qui font, encore plus que le nombre, la forcedes armes européennes. Nulle méthode n’a pu enchaîner, pas même diriger leur indomp-table valeur. Sa fougue impétueuse a vaincu et dissipé des soldats devant qui fuyoittoute l’Europe. Vingt batailles gagnées , des villes conquises , des fleuves traversés ,des provinces parcourues avec une rapidité jusques-là sans exemple , attesteront à lapostérité quel danger ont fait courir à la république naissante ces nouveaux sectaires ,qui, comme les Arabes et les Croisées , combattirent pour leur religion, firent desprodiges de valeur, et prouvèrent, comme eux, que c’est au degré de passion que l’onporte dans les combats , bien plus qu’au nombre des soldats et à leurs armes, que l’ondoit le gain des victoires. Si le succès , long-temps incertain , n’a pas couronné leursefforts , c’est que l’esprit philosophique qui avoit opéré la révolution , et l’amour del’égalité qui la soutenoit, se sont trouvés des passions plus fortes, ou du moins plusgénérales que le fanatisme des Vendéens 5 c’est que ceux-ci avoient à combattre desobstacles qu’il leur étoit impossible de contre-balancer, des finances et un gouvernement ;
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