33 o TABLEAUX HISTORIQUES
enfin c’est que leur irruption , favorisée d’abord par des préjugés semblables , ayant causébeaucoup de malheurs particuliers et durant ses succès et dans sa disgrâce , tous lesintérêts se sont réunis au vœu général pour terminer cette guerre. Dès lors elle n’aplus été à craindre, et son souvenir ne sera conservé par l’histoire que comme un nouvelet douloureux exemple des fureurs de la religion.
Dès le commencement de 1791, des troubles funestes avoient éclaté dans le dépar-tement de la Vendée . Les opinions religieuses en étoient presque par-tout le prétexte.Les prêtres , qui faisoient de leur cause celle de Dieu , les nobles, qui n’avoient pas demoindres griefs contre la révolution, égaroient l’esprit crédule du paysan. Il falloit sansdoute des prestiges bien séducteurs pour balancer dans leur esprit les avantages immensesqui résultoient pour eux de la suppression des dîmes et des droits féodaux, dont seplaignoient si amèrement les gens intéressés à les conserver. On parla à l’imaginationdu villageois ; des prêtres qui avoient refusé le serment qui leur étoit prescrit par lesdécrets se réfugièrent dans les bois et parcoururent les campagnes en affectant l’extérieurde la misere, et d’être les martyrs de leur zele pour la vraie religion. Ils persuadèrentaux paysans de ne point payer de contributions , de ne communiquer en aucune maniéréavec les nouveaux corps administratifs. Pour preuve de la réprobation des patriotes, ilsrépétèrent des miracles dont il sembloit que la fin du dix-h uitieme siecle ne de voit pasêtre témoin ; des statues de pierres furent vues versant des larmes ; un flambeau allumédescendit du ciel. Ces fraudes, et mille autre de même espece, parvinrent à opérer unescission entre les campagnes et les villes où l’on trouvoit plus généralement des gensinstruits , et par suite attachés à la révolution. Les divisions prirent cependant uncaractère si grave dans la Vendée , que le pouvoir exécutif y envoya des commissairescivils, qui n’apperçurent pas , ce semble, toute l’importance du mal, puisqu’ils se bor-nèrent à pallier des fautes qu’il eut fallu punir sévèrement. Enfin, dans la fin d’aout1792, des rassemblements armés se formèrent auprès de Bressuire , dans le départementdes deux Sevres, et nécessitèrent l’envoi d’une force militaire pour les réprimer. Lesrévoltés avoient déjà pris assez de consistance pour que l’on fût obligé de leur livrerplusieurs combats. On vit les deux partis 1 y déployer toute la fureur qui signale lesguerres d’opinion. Le bataillon de Bressuire , composé presque en entier de peres defamille , montra un courage et une abnégation de la vie qu’on attendoit à peine des gensles plus habitués au métier des armes. Les blessés retournoientt au combat avant d’avoirété pansés : on vit un homme ( Tousterin ) s’élancer seul au milieu des rebelles , et , lesétonnant par son audace, ramener une piece de canon qu’ils avoient prise ; enfin David ,sergent des grenadiers , qui venoit de recevoir une balle dans l’estomac , l’en arracheavec son couteau , la remet sanglante dans son fusil, et tue le brigand qui l’avoit blessé.
Quoiqu’on eût réussi à dissiper les rebelles , et qu’on eût désarmé plusieurs communesqui avoient trempé dans la révolte, les départements de la rive gauche de la Loire étoientloin d’être tranquilles. Le seul moyen efficace d’y ramener l’ordre eût été d’y faireséjourner des troupes : mais les armées trop foibles ne pouvoient pas être morcelées ; etquand on rendit, au commencement de 1793 , le décret pour la levée de trois cent millehommes , ce fut le prétexte dont les chefs des rebelles se servirent pour autoriser leurrévolte ouverte contre la république.
Ce seroit ici le lieu de parler d’une vaste conspiration, dont la naissance remonteà celle de la république, mûrie dans le silence pendant plusieurs mois, et dont lesrameaux étendus au loin, alloient produire la rébellion dans toutes les parties de laFrance , lorsque, terrassé dans ses principaux chefs, qui furent exécutés le 3 o prairial ,an 2 , cette perte priva les conspirateurs d’un point de réunion qui leur étoit nécessaire ,et ôta à leurs attaques un ensemble qui les auroit rendues bien plus redoutables. Néanmoinscette conspiration , la plus vaste et la plus dangereuse qui ait menacé la république ,