DE LA RÉVOLUTION. 33 9
mille hommes. Il leur donna pour commandant un M. de Puisaye , connu par sesprincipes aristocratiques , qu’il a manifestés depuis d’une maniéré non équivoque , encommettant , à la tête des chouans , des horreurs qui révoltent la nature. Tel étoitl’homme qui devint le chef des républicains dans une occasion aussi importante.
Puisaye remplit , comme on de voit s’y attendre , la mission qui lui étoit confiée jil s’avança tout d'une traite jusqu’au-delà d’Evreux , et fatigua inutilement sa petitearmée par des marches forcées pendant une chaleur excessive. La matinée du i3 juilletfut employée à s’emparer sans coup férir d’un petit château proche de Pacy, et le soiron bivouaqua près de Vernon , qui étoit occupé par les troupes parisiennes. Le généralPuisaye eut grand soin d’aller se coucher à une demi-lieue de son camp. Ayant ainsilivré ses soldats à l’ennemi, celui-ci les attaqua pendant la nuit, ou plutôt les effrayapar quelques décharges de canon. A ce bruit inattendu, les jeunes guerriers courent auxarmes , appellent leurs chefs. Ceux-ci ne paroissent point , et donnent l’exemple de lafuite : il est suivi par les dragons et par le bataillon du Calvados dont les dispositionsavoient toujours semblé équivoques ; mais celui d’Ule et Vilaine se rallie à la voix deson commandant, et, forcé de prendre le parti de la retraite , il la fait du moins enbon ordre, et traîne pendant plusieurs lieues avec ses mouchoirs ses canons et ceux dubataillon du Calvados . Les soldats de la Montagne (i) s’attendoient si peu à un triompheaussi facile , qu’ils s’étoient enfuis eux-mêmes , comme effilés de leur audace , et qu’ilsn’oserent pendant plusieurs jours suivre les pas de leurs adversaires.
Les troupes départementales vouloient au moins se cantonner à Evreux , pour yattendre les bataillons du Finistère et du Morbihan , qui s’avançoient à grands pas ,et pour tenter ensemble un combat plus réel et sans doute plus heureux. Mais Puisaye,fidele à ses instructions , fit évacuer le département de l’Eure , et l’abandonna à la fureurdes Montagnards , pour se retirer en désordre jusqu’à Lisieux .
Dans cette ville étoient déjà des émissaires de Paris , qui , profitant de l’échec qu’onvenoit d’essuyer , cherchoient à soulever les Normands contre les Bretons. On vita Caen ( où Wimpffen ordonna à toutes les troupes de se retirer , et où il proposad’abord aux députés de se fortifier ), on vit des gens verser des flots d’assignats pourfaire germer l’insurrection , et pour engager les habitants à livrer les proscrits à laMontagne. Les esprits s’ébranloient, les administrations étoient séduites. Les députés,désespérant de pouvoir opposer une plus longue résistance , et voyant que le Nord dela France cédoit sous un mauvais génie , endossèrent l’habit de soldats , prirent placedans les rangs du brave bataillon du Finistère , et partirent avec eux pour leur dépar-tement, d’où ils pourroient s’embarquer pour le Midi , qu’ils croyoient plus fidele à sahaine pour l’anarchie.
Voilà tout ce qu’offrit de remarquable l’insurrection départementale de i7 9 3. Dansles autres parties de la France , les mouvements furent presque aussitôt calmés queconçus : les Marseillais , les seuls après les habitants de l’Ouest qui levèrent des troupes ,ne purent passer la Durance. Tout fléchit sous le joug : la république devint la conquêtede quelques hommes avides de pouvoir et d’argent , qui se répandirent comme destorrents dévastateurs dans nos plus belles cités. Comme presque tous les départementsavoient pris des arrêtés relatifs à l’insurrection , ce fut le prétexte bannal dont on seservit pour incarcérer, pour immoler une foule d’administrateurs patriotes ; et c’est unedes plaies les plus cruelles que l’on ait faites à la France . Alors fut créé le mot de
(i) Ces soldats avoient été levés à la hâte et choisis dans le rebut des citoyens. Comme ils n’avoientvoulu partir qu’à prix d’argent , on les appeloit les héros de cinq cents livres .