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l’autre , et de dominer , selon la belle expression de Tacite ( i ) , sur la lassitude etl’épuisement de tous. Un ambitieux ne peut , dans aucune circonstance , aller loin , sil’état est tranquille ; la paix ne lui ouvre pas la route pour aller à la domination dontla soif le dévore : il lui faut des fluctuations , des orages politiques à travers lesquelsle vaisseau soit poussé par le vent de toutes les passions : alors il devient nécessaire àla multitude ignorante ; alors le perfide ne manque pas de persuader au peuple qu’il vadétourner la foudre qu’il a forgée de ses propres mains. Robespierre et ses émules n’onteu d’autre politique , d’autre dessein que d’allumer et d’éteindre tour-à-tour la guerrede la Vendée j de l’allumer quand elle ne leur paroissoit à craindre que pour leursennemis , de l’éteindre quand elle commençoit à devenir redoutable pour eux-mêmes.Ce fut ainsi que l’hydre de la Vendée , sans cesse renaissante , renouveloit les prodigesde la fable aux yeux de ceux qui ne pénétroient pas les motifs des tyrans qui gouver-noient la France , et qui ne voyoient pas que Robespierre avoit , dans la durée decette guerre , le double avantage d’en faire à-la-fois le tombeau des républicains , etde ceux qui vouloient Louis XVI, et depuis Louis XVII pour roi. Voilà pourquoi l’onconçut le projet infernal de détruire toutes les grandes villes et de vandaliser toutela France , afin de dominer par l’ignorance et la terreur. Aussi , loin d’envoyer dansla Vendée des commissaires propres à concilier les esprits , à ramener les cœursaliénés , à ne pas confondre des laboureurs égarés avec les chefs de l’insurrection ,on y envoya des proconsuls . .. des tigres , qui firent encore plus de mal , et portèrentplus de désolation dans ces contrées que le fléau même de la guerre. L’infortunéPhelippeaux fut proscrit et immolé pour avoir dénoncé ces manœuvres , et les trahisons,ou l’impéritie grossière des généraux ineptes , choisis à dessein par le gouvernementd’alors pour prolonger cette guerre. On renvoya Biron , qui, chargé de soumettre leshabitants de ce malheureux pays , portait dans ses opérations militaires tous lesménagements qui pouvoient en atténuer les rigueurs : il paya quelque temps aprèsde sa tête sa modération. Ce général fut remplacé par un Beissier , un Rossignol , unRonsin , un Santerre ( 2 ). « Au lieu de s’avancer dans ce pays avec des paroles de» paix , on finit par y envoyer une armée révolutionnaire, c’est-à-dire, une armée de» brigands. Ces généraux , cette armée de sans-culottes , firent de cette guerre un objet» de spéculation et d’intérêt personnel , dit Lequinio dans un mémoire publié en» janvier 1795. L’armée jacobine compta sur le produit du pillage , et se livra à toutes» sortes d’excès. On vit plusieurs de ces sans-culottes , couverts d’or et de bijoux , les» consommer avec une prodigalité révoltante. Ils enlevoient également les biens des» patriotes et ceux des rebelles -, on traitoit avec la plus monstrueuse barbarie les» individus qui faisoient la moindre résistance. On a vu des soldats de cette légion» exterminatrice violer des femmes sur des pierres amoncelées , et les fusiller ou les» poignarder en sortant de leurs bras ; on en a vu d’autres porter des enfans encore» à la mammelle au bout de la baïonnette qui avoit percé du même coup la mere» et l’enfant. Des communes entières se présentoient une branche d’olivier dans leurs» mains et ayant à leur tête leurs officiers municipaux en écharpe ; on les a reçues» avec une fraternité apparente , et , pendant qu’on les amusoit par des vaines» paroles , on les faisoit entourer de soldats et on les exterminoit sur l’heure. On brûloit
(1) Cuncta bellis civilibus fessa. Tacite .
( 2 ) Ce Santerre n’avoit fait toute sa vie que le métier de brasseur de hiere ; aussi l’appelait-on legénéral mousseux.
Un plaisant a fait l’épitaphe suivante, pour être mise un jour sur le tombeau de Santerre :
Ci gît le général Santerre ,
Qui n’eut dr Mars que la biere.