382 TABLEAU HISTORIQUES
dans ce discours l’évènement le plus mémorable , ils marclioient à la mort , ils voloientà la victoire , tandis que nos tyrans faisoient fusiller , mitrailler , noyer dans l’intérieurde la France , les parents , les amis , les concitoyens de ces généreux et invinciblessoldats. Hélas ! nous avons eu , nous aurons encore tant de crimes à rappeler , quenous n’avons pu nous refuser au plaisir de reposer un moment notre imagination etcelle de nos lecteurs sur le tableau que nous venons de tracer.
La prise de Toulon par l'armée du général Dugommier fut une des plus brillantesexpéditions que jamais l’histoire ait consacrées dans ses annales. Cette place , dont leduc de Savoie et le prince Eugene avoient été contraints de lever le siégé, en 1707 ,lorsqu’elle n’étoit défendue que par ses fortifications ordinaires , sembloit inexpugnablepar les nouveaux moyens de défense imaginés par les Anglais depuis que ce fortétoit tombé en leur possession. Le royalisme , ou plutôt le désespoir et la hainecontre nos tvrans domestiques , avoient livré Toulon à l’or de Pitt. L’Anglais , quia été l’oppresseur de ses propres Colonies en Amérique , n’avoit pas manqué des’unir avec nos ennemis , et d’entrer dans la coalition des despotes. Il fut vaincu àDunkerque , ou Dune-Libre , et à la bataille de Hondschoot : il échoua à Brest , àCherbourg , à Saint-Malo , à Granville 5 mais il réussit à Toulon . 11 fallut reprendrecette importance place , qui étoit dominée et défendue par un triple fort , par unedouble enceinte , par un camp retranché , par deux mille hommes de troupes choisies,et par les feux croisés de trois autres redoutes qui renfermoient trois mille combattants.Les forts de Balagnier et de l’Eguilette sont dominés par les hautes montagnes quienvironnent Toulon. Les Anglais , par un travail opiniâtre , avoient placé sur ceshauteurs inabordables des redoutes dont les feux sembloient interdire toute approche.Ces redoutes étoient encore protégées par la plus formidable artillerie , tirée desvaisseaux français qu’on avoit désarmés. Indépendamment des deux mille hommes detroupes choisies dont nous avons déjà parlé , la garnison de Toulon étoit composée dequatorze mille hommes , Anglais , Espagnols , ou Italiens.
Nous avons rendu compte , dans le discours précédent , des motifs qui engageoientles comités dominateurs , connus sous les noms de comité de sûreté générale et desalut public ( 1 ), à détruire toutes les villes capables par leur grandeur de résister àleur tyrannie , et de la dévoiler au surplus de la France . Cependant quand le soulè-vement des esprits devenoit trop dangereux , quand l’insurrection fomentée par nostyrans commençoit à prendre un caractère alarmant pour eux-mêmes , ils déployoientalors sérieusement toutes les forces capables d’arrêter le mouvement qu’ils appeloientcontre - révolutionnaire. Ils trouvoient encore l’avantage de voiler leur tyrannie enparoissant ne songer qu’au salut de la patrie , et d’assurer leur domination de plusen plus en faisant périr dans les combats une jeunesse dont l’énergie républicaineleur faisoit le plus grand ombrage. D’ailleurs , quand une ville insurgée avoit étésoumise par la force des armes , nos tyrans y assouvissoient alors librement leursoif du sang et de pillage. La prise de Toulon par les Anglais devoit alarmer lesconspirateurs de la convention , soit à raison de l’importance de ce port, soit parles progrès menaçants que faisoient alors de tous côtés les mécontents de l’intérieur,et les armées des puissances étrangères. Lyon étoit en pleine insurrection : tout lemidi de la France annonçoit un soulèvement général : le chancre politique de laVendée menaçoit de dévorer toute la partie de l’Ouest: les Prussiens faisoient des
( 1 ) Dans notre nouvel idiome révolutionnaire , on est sûr de ne pas s’égarer en prenant le senscontraire de chaque mot. Par exemple , au lieu d’armée révolutionnaire , il faut entendre arméecontre-révolutionnaire; au lieu de dire commission populaire , dites anti-populaire ; par le mot decomité de salut public , entendez comité de subversion générale , etc. , etc.