Band 
Tome second.
Seite
383
JPEG-Download
 

DE LA RÉVOLUTION. 383

excursions dans l’Alsace : les Autrichiens , maîtres de Gondé , de Valenciennes , duQuesnoi , et de Landrecies , pouvoient envahir la Champagne et la Picardie : la villede Cambrai n’étoit pas éloignée de leur ouvrir ses portes : Paris et la convention étoientpour ainsi dire sous le canon ennemi : à cette même époque les Espagnols investissoientPerpignan ; et cette place enlevée, il ne restoit aucune barrière qui pût les empêcherde s’avancer jusqu’aux bords du Phone • les Piémontais étoient entrés dans le départe-ment du Mont-Blanc: enfin les Anglais, se fortifiant dans Toulon , n’attendoient, pourravager les côtes de la Provence et pour pénétrer dans son intérieur, que les secoursqui dévoient leur arriver d’Espagne, de Naples, de Rome, et de Turin . Pour faire faceà tant d’assaillants , à tant de dangers , la convention avoit ordonné la levée en masse detous les jeunes gens , depuis dix-huit jusqu’à vingt-cinq ans: elle s’étoit procuré parcette voie la plus redoutable armée qui jamais eût porté les armes, parceque l’honneurinspire la discipline, et l’impétuosité supplée avec avantage au défaut de tactique. Onne sauroit trop le redire , quelle que soit la différence des opinions politiques sur lesévènements de notre révolution , il n’en existe point relativement au tribut de gloireet d’applaudissements qu’ont mérité nos armées. Sans s’embarrasser des commotionssanglantes que produisoient les desseins secrets de nos tyrans , et les rivalités entre laMontagne et la Plaine de la convention , nos jeunes guerriers , animés par le couragenaturel aux Français , et soutenus par les regards de leurs concitoyens , se précipitaientau milieu des dangers avec un enthousiasme qui étonnoit, et que ne pouvoient éprouverles soldats mercenaires qu’ils avoient à combattre. De là ces prodiges d’audace , d’héroïsme,et de succès , parmi lesquels un des plus étonnants a été sans contredit la reprise deToulon , comme elle a été un des faits les plus importants et les plus décisifs par les suitesqu’elle a eues , et par la position vraiment inquiétante où se trouvoit alors la France .Dès que le comité de salut public eut appris la réduction de Lyon , il décida lesiégé de Toulon ; et l’on destina pour cette expédition , non seulement les troupesemployées contre les Lyonnais , et quelques corps tirés des armées des Alpes et d’.talie,mais encore les jeunes gens de la première réquisition levés dans les départementsenvironnants , et qui n’avoient pas encore été envoyés aux frontières. Cette jeunessebrillante était peut-être la seule troupe propre à tenter l’opération audacieuse , danslaquelle les généraux avoient résolu de négliger la méthode d’un siégé régulier, pouremployer l’impétuosité irrésistible avec laquelle les Français enlevèrent Berg-op-Zoom sous le maréchal de Lowendal , et Port-Mahon sous le maréchal de Richelieu. L’arméeassiégeante était d’ailleurs munie d’une immense artillerie en canons et en mortiers:on en avoit fait venir , malgré la difficulté des chemins , d’Embrun , du Mont-Dauphin ,de Briançon , et des autres places qui sont sur la frontière des Alpes .

A peine toutes ces forces furent réunies , que l’attaque générale commença , le 16décembre , avec une vigueur et une constance dont les Français seuls étoient capables.Nos guerriers , résolus de vaincre tous les obstacles , se précipitaient au milieu desfeux et des baïonnettes. L’assaut, commencé pendant le jour, se continuoit pendantla nuit sans aucune interruption. Les troupes fatiguées étoient remplacées par destroupes fraîches. Pendant que l’infanterie attaquoit les redoutes , le feu des batteriesembrasoit la ville. La principale redoute fut enlevée le 17 , a six heures du matin , ettous ses défenseurs furent passés au fil de l’epee. A cette nouvelle, la terreur se répanddans Toulon : elle augmente lorsqu’on apprend que les Anglais font leurs dispositionpour mettre à la voile. Dans le même temps , la division commandée par le généralLapoype , se portant sur la montage du Pharon , enlevoit dans cette partie toutes lesredoutes construites par les Anglais , malgré les feux croisés de l’ennemi , la difficultédes chemins, et la pluie qui tomboit par torrents. Après quatre jours et quatre nuitsde combats perpétuels , les ennemis ayant évacué successivement les forts Malbosquet