DE LA RÉVOLUTION. 399
tué par un soldat de milice de l’escorte , et la marche vers le lieu du cantonnementcontinuée dans le silence. Mais revenons sur les mers : nous y verrons des traits encoreplus sublimes de courage et de dévouement patriotique. Notre armée navale et cellede la monarchie anglicane étaient en présence depuis long-temps , et le combat le plusterrible venoit d’être livré le i 3 prairial. Le feu le plus vif et le plus soutenu , lafureur , le désir de la gloire , la rivalité de nation à nation , augmentoient les horreurset les périls de cette immortelle journée : l’énergie républicaine n’en reçut que plusd’accroissement et n’en parut qu’avec plus d’éclat. La canonnade ennemie avoitentr’ouvert de part en part un de nos vaisseaux , et réunissoit la double horreurd’un naufrage certain et d’un combat à mort : mais ce vaisseau étoit monté par deshommes qui avoient reçu cette intrépidité d’ame qui fait braver le danger , et cetamour de la patrie qui fait mépriser la mort. Les vaisseaux ennemis cernent ce vaisseauet veulent que l’équipage se rende ; une foule de pièces d’artillerie tonnent sur leVengeur ; des mâts rompus , des voiles déchirées , les mâtures du navire couvrent lamer. Tant de courage, tant d’efforts surnaturels vont-ils donc devenir inutiles ? DesFrançais transigeront-ils avec leurs ennemis , comme d’autres vaisseaux n’en ont déjàque trop donné l’exemple dans ce même combat ? Non ; ceux qui montent le Vengeursauront vaincre , ou mourir pour la patrie. Plusieurs heures de combat n’ont pas épuiséleur courage : ils combattent encore ; les ennemis reçoivent leurs derniers boulets ,et cependant le Vengeur fait eau de toutes parts. Que deviendront nos guerriers ? U fautou tomber au pouvoir des vainqueurs , ou s’engloutir au fond des mers. Ne craignezrien pour leur gloire j ils sont encore plus grands dans l’infortune que dans le succès :une résolution ferme a succédé dans leur ame à la chaleur du combat. Qu’on se repré-sente le Vengeur criblé de coups de canon, s’entr’ouvrant de toutes parts , un équipagecomposé de blessés et de mourants , luttant à-la-fois contre les flots et les canons : latroisième batterie touche aux ondes ; mais elle vomit encore le trépas avant de s’engloutir.Tout-à-coup le tumulte du combat, l’effroi du danger , les cris de douleur des blesséscessent : tous montent ou sont portés sur le pont ; tous les pavillons , toutes les flammessont arborées : le pavillon principal est cloué : les cris de Vive la république, vivent laliberté et la France , se font entendre de tous côtés : c’est le spectacle touchant et animéd’une fête civique , plutôt que le moment terrible d’un naufrage assuré. Nos hérosne délibèrent plus ; ils voient l’Anglais et la patrie , les fers ou la mort la plus hono-rable ; ils ne balancent point. Us refusent de se rendre, en repoussent avec horreur laproposition , font leur dernier vœu pour la France , lui adressent leur dernier soupir ,s’embrassent , et disparaissent engloutis dans l’abynie des flots. Qui nous a révélé cesecret de notre grandeur , qui nous a instruits de ce trait d’héroïsme , égal à tout ceque l’histoire offre de plus sublime ? Nos ennemis , les Anglais , leurs journaux. Neplaignons pas les Français qui composoient l’équipage du Vengeur ; ils son t morts pourla patrie , pour la liberté. Honorons leur destinée , célébrons leurs vertus, transmettonsleur gloire , qui est aussi la nôtre , à la postérité la plus reculée. C’est en perpétuantle souvenir des belles actions qu’on jette pour l’avenir des semences de grandeur etde vertu. Qui eut plus de droit à l’immortalité que ces nouveaux Curtius qui se sontprécipités vivants dans le gouffre des mers plutôt que de se rendre ? Non , il nepérira jamais parmi nous , ni chez les races futures , le souvenir du Vmgeur ; nospinceaux , nos burins , nos ciseaux reconnoissants , nos chants , nos écrits , en éterni-seront la gloire : toutes les fois que nos marins rencontreront les tyrans des mers, ils sesouviendront du Vengeur ; ils les affranchiront du despotisme maritime conçu , usurpé,par l’Angleterre. Est-ce pour dépendre du trident anglais que la nature nous a donné toutce qui est nécessaire à la construction, des ports nombreux recevant des vaisseaux , etdes mers baignant nos côtes ? Est-ce pour être tyrannisés par les banquiers et les