DE LA RÉVOLUTION.
Robespierre , célébré par tant de crimes , aura dans l’histoire , comme l’a très-biendit M. Necker ( i ), l’honneur des détails : on sera curieux de connoître toute l’étenduede sa tortueuse politique , de son étonnante hypocrisie > de sa profonde scélératesse ,de son audace prodigieuse, et les moindres circonstances de sa vie , à-peu-près de mêmeque l’on est curieux de la description de ces monstres , de ces fléaux que la nature produitquelquefois et de loin en loin , comme si elle vouloit prouver qu’elle est aussi puissantepour le mal que pour le bien , pour détruire que pour créer. On ne saura jamaisqu’imparfaitement tous les secrets de l’ambition , de la marche hypocrite et mysté-rieuse de Robespierre , et jamais on n’aura la nomenclature exacte de tousses forfaits. Il paroît certain qu’il n’a point eu de confident admis à connoître sesarriere-pensées ; il se hâtoit même de sacrifier les exécuteurs de ses vengeances , et debriser les instruments dont il s’étoit servi. Nous devons à cet égard transmettre à lapostérité un trait qui le peint parfaitement. Robespierre , peu de temps avant le 9thermidor , c’est-à-dire au moment où il croyoit toucher bientôt au faîte de la domi-nation , à l’accomplissement de tous ses vœux , soupoit assez souvent avec la familleSainte-Amaranthe. La joie de voir approcher le terme de ses projets , la certitude oùil croyoit être de leur pleine réussite , et l’excès du vin , lui arrachèrent un soir desaveux imprudents. Un de ses co-assassins , qui avoit été admis à ce repas, fit appercevoirle lendemain au tyran les conséquences d’une telle indiscrétion ; et toute la familleSainte-Amaranthe fut traînée à l’échafaud. Robespierre vivoit très - solitaire ; il étoitextrêmement soupçonneux , et naturellement mélancolique et sombre , comme un hommequi médite sans cesse le crime et le malheur d’un empire : la retraite de sa consciencesembloit n’être éclairée que par les torches des furies , et par les lugubres oscillationsde leur pâle lueur. On n’explique d’aucune maniéré satisfaisante le parti qu’il prit,
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