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Tome second.
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DE LA RÉVOLUTION. 419

ou à la privation des objets de sa tendresse , s’ils lui sont ravis. Lorsque le généralqui commandoit à Longwi au moment où les Prussiens s’en emparerent, fut condamnéà mort, sa jeune épouse, âgée de vingt-quatre ans , et d’une grande beauté, criaVive le roi lorsqu’elle entendit prononcer la fatale sentence. Le barbare tribunal aulieu d’imputer sa faute au désespoir et à un moment d’égarement d’esprit , la condamnaaussi à la guillotine. Le peuple , indigné de tant de férocité , la suivit jusqu’à l’échafaud ,en criant : Elle n’a point mérité la mort. « Mes amis , leur dit-elle d’un air calme etserein , j’ai voulu mourir avec mon mari ». Un autre héroïne , Charlotte Cordai, aussià la fleur de son âge, et d’une beauté rare, poignarde Marat en plein jour, et marcheà la mort avec une fermeté qu’on eut admiree dans un homme. Si le ministre Claviere ,se voyant proscrit, se perce d’un coup de couteau , sa femme se dévoue à la mortpour ne pas lui survivre : Rolland en a fait autant lorsqu’il a appris le supplice de sonépouse. Eh ! quel plus grand trait d’héroïsme que celui de Cécile Renaud ( 1 ) ! Aussila terreur que Robespierre avoit portée dans les âmes retomba dans la sienne. Soncaractère s’assombrissoit davantage. En voyant tant d’énergie , même dans un sexe sifoible , il connut la crainte , et devint , selon la belle expression de Courtois , déjàpâle de sa mort future , de la mort du criminel -, l’assassin de la patrie ne rêva plusqu’assassinats. Juste châtiment du crime ! Son sommeil étoit celui de Néron ; son réveilencore celui de Néron . Non-seulement l’infortunée Cécile fut immolée, on égorgea encoreavec elle son vieux pere. Tant la simple curiosité d’une jeune fille inspire d’effroi ! Celuique tout le monde craint finit par craindre tout le monde.

Eh ! quelle foule d’autres traits de mépris pour la mort et d’horreur pour la tyrannie !combien d’exemples nous pourrions citer ici du dévouement le plus généreux et le plussublime ! Recueillons avec soin ces traits où l’accent de la nature s’est fait entendreavec tant de force dans des jours de tyrannie et de férocité , dans un temps où l’égoïsmeet la terreur isoloient tous les individus , brisoient tous les liens , et faisoient taire lesaffections les plus douces. Un jeune homme étoit renfermé dans la même prison avecson frere , chef d’une nombreuse famille. Il se trouva présent par hasard lorsqu’unguichetier appela par leurs noms ceux qui dévoient monter au fatal tribunal : ce jeunehomme entend nommer son frere , qui se trouvoit éloigné ; réfléchissant que la vie dupere de quatre enfants étoit plus précieuse que la sienne , il répond à l’appel , se rendau tribunal , et subit la mort à la place de son frere.

A la prison de la Force , on permettoit aux hommes de prendre l’air dans unecour qu’un mur séparoit du quartier habité par les femmes ; le seul moyen de commu-nication consistoit en un égout commun. Un fils infortuné s’y présentoit chaque jour ,soir et matin , pour s’entretenir avec sa mere , qui étoit condamnée , mais dont lagrossesse avoit fait reculer l’exécution jusqu’après son accouchement. Ce pieux enfant,victime du malheur au printemps de sa vie , se colant contre terre devant la bouchede cet égout infect, y articuloit les tendres expressions de l’amour filial : son frere,enfant d’environ trois ans , qu’on avoit permis à sa mere de garder jusqu’à ses derniersinstants , se plaçoit à l’autre ouverture de l’égout , pour répondre au lieu de sa merequand elle étoit incommodée pour le faire elle - même. Le temps vint où cette mere ,prête à consommer son sacrifice, fit passer a son fils à travers 1 egout sa longue etsuperbe chevelure , la seule succession dont elle put disposer : elle donne a son jeuneenfant le dernier baiser, le baiser de mort, et se suicide elle-meme en brisant sa têtecontre les murailles. Qui ne sera surtout attendri de votre sort, qui n’admirera votredévouement sublime , immortel Loizerolles ? Nous avons cite le trait d un frere se livrant

(1) Cécile , interrogée sur l’objet de sa visite chez Robespierre , répondit froidement : « Je vouloisvoir comment étoit fait un tyran ».