DE LA RÉVOLUTION. 439
» les emblèmes faciles à comprendre , les grouppes habilement distribués , et convenables» au genre de la fête. Les inscriptions n’étoient point défigurées par un langage barbare» ou par le jargon du bel esprit ; la musique n’étoit ni bruyante, ni fastueuse. Les» romances mélodieuses de Jean-Jacques , les livres qui représentoient son génie , ces» Genevois qui ont vécu avec lui et dont les peres l’ont vu naître , ces cultivateurs» compagnons de ses derniers jours , confidents de ses dernieres pensées , ces» enfants , ces meres de familles qui, le livre d’Emile à la main , adressoient au grand» homme leurs hommages reconnoissants , ces trois républiques confondant leurs dra-» peaux et se jurant alliance sur les pages sacrées du Contrat social ; tout remplissoit» l’ame d’une mélancolie religieuse , d’un sentiment délicieux et profond , digne du bon ,» du sensible Jean-Jacques , digne encore des Français républicains réparant les fautes» de leurs aïeux esclaves , et rendant hommage à la mémoire d’un libérateur du» genre humain. La fête pour Pévacuation du territoire de la république doit être» animée du même esprit général , mais offrir dans ses détails un caractère plus mâle« et plus sévère. Le comité d’instruction publique a voulu cette fois encore avancer de» quelques pas vers le but que doivent un jour atteindre les fêtes nationales. Les« sages réflexions présentées à cette tribune ont fait sentir qu’il falloit renoncer à ces» processions éternelles qui consument une journée entière , qui fatiguent le peuple» sans l’amuser , et qui ne peuvent avoir de motif raisonnable que lorsque l’objet de» la fête est de porter au Panthéon la cendre triomphale d’un grand homme. On a» senti également qu’il falloit , au moins pour l’instant, renoncer à ces représentions» scéniques qui ne peuvent occuper qu’une très-petite portion du peuple , mais qui,>> répétées abusivement sur tous les théâtres de la France , n’ont fait que donner aux« entrepreneurs l’occasion de répéter des indemnités dont la somme devient chaque jour» plus effrayante : on a cru devoir enfin présenter aux yeux des Français quelques essais» de cette gymnastique qui sera perfectionnée par le temps et le génie national ».Voici les détails de cette fête mémorable , telle qu’elle eut lieu d’après les vues ducomité d’instruction publique. Le 3 o vendémiaire , à neuf heures du matin , la forcearmée des sections de Paris se rassembla au Champ de la Fédération avec des drapeauxet flammes. Les blessés des diverses armées et les militaires invalides se réunirent autourd’un rocher factice élevé au milieu du camp , et qui offroit l’aspect d’une redoute.La convention nationale , qui s’étoit assemblée dans la maison de l’Ecole militaire ,arriva ensuite , précédée de l’institut national de musique , et se plaça sur le rocherà l’endroit qui lui étoit destiné. Les éleves du Champ de Mars entour oient les blessésdes armées , et , suivis du char de la Victoire , formèrent une marche triomphale , etse rendirent au temple de l’Immortalité , après avoir fait l’attaque simulée d’une forte-resse. Cette attaque, cet assaut , fixèrent surtout tous les regards. De vieux militairesadmirèrent la précision des mouvements et la tactique de ces jeunes éleves. Les cocardesblanches cédèrent enfin aux cocardes tricolores , et le fort fut emporté au bruit d’unegrande détonnation d’artillerie. Alors la convention descendit du rocher , et se renditaussi au temple de l’Immortalité. Les trophées furent déposés au sein de la représentationnationale ; et le président, au nom du peuple français , grava sur la pyramide élevéeau milieu de ce temple les noms des armées de la république , et l’énumération de leursvictoires. Le soir du même jour on illumina un monument élevé sur le bassin du Jardinnational, et au milieu duquel étoit placée une urne funéraire consacrée aux mânes desguerriers morts en défendant la patrie. Une députation de la convention déposa surcette urne une couronne de chêne. On avoit placé des orchestres sur les places duPanthéon , de la Bastille , dans le Jardin national ; et la fête se termina par des danses ,témoignages de l’alégresse publique. Qu’il fut grand et majestueux le spectacle qu’offritcette solemnité ! Des jeux militaires , exécutés dans le vaste Champ de la Fédération