DE LA RÉVOLUTION. 443
Le passage de la Meuse devant l’isle de Bommel fut effectué sur trois colonnes, sousles ordres des généraux Daëndels , Soctifier et Grass. La ville de Bommel et le fortSaint-André furent enlevés. Au Langstraat trois bataillons seulement, se battant sur laglace des inondations , emportèrent les forts de Doweren , de Kapelle et de Waspier.Le général Bounnaud force les lignes de Bréda ; le général Lemaire, chargé de prendreà revers les ennemis , s’empare des postes de Oudensbosch et de Sevenberg. Lesennemis fuient de toutes parts, abandonnant cent pièces de canons et une grandequantité de munitions. La ville de Grave se rendit le jour suivant. Le quartier-généralde l’armée française fut placé dans l’isle de Bommel, et on fit les dispositions néces-saires pour pénétrer dans le cœur de la Hollande dans un temps où les fleuves ,devenus solides par l’excès du froid, n’arrêtoient plus la marche de nos guerriers versAmsterdam. Le duc d’Yorck, qui avoit commandé les Anglais et les Hanovriens pendantla campagne, s’étoit embarqué pour Londres dans les premiers jours de décembre,laissant au comte de Walmoden le commandement d’une armée dont la position devenoittous les jours plus embarrassante. La bataille du 28 décembre avoit eu pour le partistadhoudérien les suites les plus funestes. Les Français s’étant portés à la droite duVahal, auprès de Nimegue , se rendirent maîtres, dans les premiers jours de janvier1795 , des forts de Koodzembourg et Sterréchans. Une division aux ordres du généralMoreau poussa les Anglais au-delà du canal de Panderu , et brûla le pont qu’ils yavoient élevé. Une autre division, commandée par le général Devinter , passoit enmême temps le Vahal vers le fort Saint-André, chassoit l’ennemi de Thiel , et seportoit sur Buren, au-delà de la Ling. Ces succès augmentoient la confiance des ennemisde la maison stadhoudérienne. Ils s’assembloient presque publiquement dans beaucoupde villes ; et le gouvernement étoit d’autant moins en mesure d’arrêter leurs démarches,qu’il avoit été fait dans l’assemblée des états-généraux la proposition d’acheter la paixavec la France par le sacrifice du stadhoudérat, et que le stadhouder lui-même paroissoitprêt à y donner les mains. Une assemblée générale des commissaires de tous les comitésd’insurrection répandus en Hollande se tint dans Rotterdam . Ce fut là qu’après laréception d’un courier du général Daëndels , qui annonçoit l’arrivée prochaine desFrançais , on fixa définitivement le mode de la révolution. Une insurrection généralefut jugée impraticable, parceque les Anglais , les Hessois et les Hanovriens, occupoientles postes les plus importants. On décida seulement qu’à l’approche des Français versGorcum la ville de Dordrecht donneroit le signal d’une insurrection particulière. Lestroupes qui défendoient la Hollande étoient partagées en trois corps d’armées : lepremier, composé de Hollandais , étoit posté derrière Gorcum ; les Anglais et lesHanovriens, retranchés dans les lignes derrière le Leck , protégeoient Utrecht ; enfinun corps d’Autrichiens, sous les ordres du comte de Clairfait, campé entre le canal duVahal et celui du Rhin, s’étendoit depuis Nimegue jusqu’à Arnheim . Cette dernierearmée, entièrement défaite le 14 janvier 1795, fut obligée de se retirer au-delà del’Yssel, laissant au pouvoir des Français tout le pays jusqu’à Gueldwmalsein. Le froidétoit alors si excessif, que tous les fleuves qui enveloppent la Hollande étoient couvertsd’une glace épaisse et solide sur laquelle l’artillerie elle-même pouvoit passer sans danger.Pichegru faisoit ses dispositions pour attaquer les lignes de la Grepe, défendues parles Anglais , et rien ne l’empêchoit de marcher à Amsterdam . Le stadhouder, déses-pérant de sa fortune , donna sa démission, et se réfugia en Angleterre. Cependant legénéral Daëndels avoit tourné sur la droite pour se porter sur Utrecht . Ce mouvementétoit la suite de la retraite des Anglais , qui venoient d’abandonner les lignes de laGrepe pour se retrancher derrière l’Yssel. Pichegru étoit en marche pour se rendre àUtrecht, dont il ne tarda pas à s’emparer. Le 18 janvier les Français entrèrent dans