CENT ONZIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
ENTRÉE DES FRANÇAIS DANS AMSTERDAM ,
LE 2i JANVIER i 79 5 ;
LE 2 PLUVIOSE, AN TROISIEME DE LA RÉPUBLIQUE.
JL andis que l’armée du Rhin achevoit la conquête de la rive gauche du fleuve, quecelle d’Italie se fortifioit sur toutes les montagnes qui défendent l’entrée du comtéde Nice, depuis Orméa jusqu’à Vado , et que l’armée des Pyrénées orientales s’em-parait de la place importante de Roses, et celle des Pyrénées occidentales de presquetoute la Navarre espagnole, l’armée du Nord, après avoir forcé les Autrichiens et lesAnglais d’abandonner le territoire batave, les poursuivoit dans le nord de l’Allemagne ,La conquête de la Hollande fut la suite des deux célébrés victoires remportées surla glace. Nous nous emparâmes d’Ostende , de l’isle de Cadsan , et de l’Ecluse , oùle général Moreau acquit beaucoup de réputation. La reddition de la place de Niewportfut due au courage des représentants Lacombe-Saint-Michel et Richard, qui se vouèrentdans cette circonstance à une mort assurée , en osant résister au funeste décret quiprescrivoit l’assassinat des prisonniers (1). Crevecœur, Heusden et Nimegue capitulèrentensuite. Venlo et Grave se rendirent pareillement aux armes par-tout triomphantes dugénéral Pichegru. Il fit lui-même en personne le siégé de Bois-le-Duc , place regardéeavec raison comme imprenable, dont il se rendit maître au bout de trois semaines,tandis qu’elle avoit résisté un an au prince d’Orange. Ce fut à ce général qu’on dut lafameuse diversion sur Menin et sur Courtrai, diversion qui a été la principale sourcede tous les succès d’une campagne aussi étonnante. Cette belle marche exécutée sur leflanc droit de l’ennemi, jointe à celle qui eut lieu simultanément sur son flanc gauche,
( 1 ) L’exécution de cette loi, inconnue aux siècles les plus barbares, et bien au-dessus des férocesinventions des Visconti et des Adrets, dont la fureur paroissoit au moins légitimée par la nécessitédes représailles, auroit rendu l’ennemi presque invincible par le désespoir. Mais , aux yeux de Ro-bespierre , cette raison étoit un crime qui auroit infailliblement perdu ceux qui avoient osé la prendreen considération, si la révolution du g thermidor n’étoit venue a leurs secours, au moment meme quele tyran venoit de prononcer leur arrêt de mort, en érigeant en conspiration leur genereux dévoue-ment. Leur perte n’auroit pas tardé à être suivie de celle du représentant Carnot, qui ayant faitsentir au dictateur que c’étoit à cette désobéissance sage et pleine d humanité quon devoit la conser-vation de six mille hommes, en eut cette réponse atroce: « Eh! qu’importent six mille hommes quandil est question d’un principe » ? Par ce mot principe il entendoit ses vues sécrétés.
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