DE LA RÉVOLUTION. 5 ig
C’est ici le cas de développer rapidement tous les avantages du gouvernement ac-tuel, et par conséquent de la fondation de la république. Car il ne faut pas oublierqu’il n’y a pas eu de république en France , et qu’il n’y a eu qu’une véritable dicta-ture mêlée d’anarchie jusqu’à la constitution de 1796. Nous avons triomphé de toutesles puissances coalisées; nous avons conclu la paix avec les principaux appuis do laligue menaçante de tant de rois. L’empereur n’aura refusé la paix que pour subir deplus dures conditions. Nous aurons réuni à nos frontières des enclaves qui 11’étoientque le bizarre résultat des anciennes guerres et des concessions forcées. Dans cesenclaves sont comprises la Savoie, les sommités et les revers des Alpes ; les places fortes,comme Luxembourg , Namur , Tournai , et peut-être Maëstrieht , se trouvent pareille-ment enchaînées dans nos barrières naturelles et inexpugnables. Après avoir retenuet consacre à la liberté ces trophées, qui 11e sont pas seulement des titres de grandeuret de gloire, mais des acquisitions importantes et à jamais utiles, les efforts du gou-vernement se porteront, avec assurance d’un plein succès, à reconquérir nos co-lonies et notre commerce, à remonter les arsenaux de Brest et de Toulon. Les Anglais n’ont rien négligé pour alimenter la guerre de terre, parcequ’ils savoient qu’elle nousôtoit les moyens de raviver notre marine. Fût-elle encore plus épuisée, plus anéantiequ’elle ne l’est, l’exemple des peuples qui se sont rapidement élevés au plus hautdegré de prospérité et de puissance commerciale et maritime, nous apprend toutce que nous pouvons bien plus aisément faire avec les largesses de la nature, lesbienfaits des arts, et notre position avantageuse sur la Méditerranée et sur l’Océan.Avec le nouveau système politique, la nouvelle balance que la république aura danspeu la gloire de donner à l’Europe , et quelle lui a même déjà donnée par ses traitésavec la Prusse, l’Espagne et la Sardaigne , elle pourra se reposer avec une pleineconfiance sur ses forces et sur ses alliés naturels. Quelle puissance oseroit attaquerun équilibre garanti par une république qui a triomphé de tant d’ennemis du seinmême de ses divisions intestines ? La pacification de la Vendée n’est-elle pas encoreun bienfait de la république, c’est-à-dire du nouveau gouvernement? Il est des espritsinquiets qui blâment le directoire de tenir à nos conquêtes : mais si les puissancescoalisées avoient eu le dessus, 11’est-il pas reconnu aujourd’hui que leur but étoit dese partager nos dépouilles ? Qu’on cesse de croire qu’elles faisoient la guerre pourLouis XVI : leur plan de démembrement et de partage est connu ; on n’a pour s’enconvaincre qu’à lire les Observations que M. de Calonne vient de faire imprimer àLondres : elles sont très intéressantes sous ce point de vue (1). Cette réflexion seuledevroit ouvrir les yeux aux royalistes, et réunir tous les Français contre leurs enne-mis communs. Mais, pour revenir à nos conquêtes, quoi! nous aurons sacrifié desmilliers d’hommes, et nous ne profiterions pas de leurs succès pour établir une paixdurable, en nous donnant le Rhin pour barrière depuis Bâle jusqu’à la mer, du côtédu nord , en prenant pour limites les Alpes du côté de la mer ! Qui seroit insensibleà tant d’avantages, à tant de prospérité au dehors? cette prospérité n’est-elle pas leprésage , le gage assuré de celle du dedans ? Il méritoit donc une commémorationannuelle, il méritoit d’être pompeusement célébré ce jour où la république fut pro-clamée : son anniversaire doit être parmi nous l’objet d’une fête, comme il sera dansnos annales un objet d’admiration. Cette fête de la fondation de la république a eu lieule T 1 vendémiaire , l’an 5 , au Champ-de-Mars. Le ministre de l’intérieur, Bennezech,a donné à cette solemnité tout l’éclat convenable. Au milieu de la partie du cirquesituée entre le tertre et l’Ecole militaire selevoit un segment du zodiaque , au haut
(1) Dans ce même écrit M. de Calonne fait laveu bien précieux quon ne pourra nous réduire parl’épuisement des finances.