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Tome second.
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CENT-TRENTIEME TABLEAU

DE LA RÉVOLUTION.

JOURNÉE DU 18 FRUCTIDOR, L'AN 5,

ARRESTATION DE BARTHÉLEMI, DE CARNOT, DIRECTEURS ,ET DE PLUSIEURS MEMBRES DU CORPS LÉGISLATIF.

U n état ne se régénéré point sans secousses : les innovations politiques ressemblentla plupart aux inondations du Nil , qui dévastent un moment les campagnes pour yporter les germes de la fécondité , ou à ces volcans dont les laves brûlantes épurent etfertilisent le sol quelles ont couvert de leurs cendres. C’est là l’image de notre révo-lution ; c est sur des ruines qu elle s est elevee ; il a fallu qu’elle renversât la monarchiepour asseoir la république sur ses débris; il a fallu heurter, saper, anéantir toutesles anciennes institutions , toutes les vieilles corporations, tous les préjugés les plusantiques, pour élever l’édifice de la liberté sur des bases qui fussent inébranlables.Ce renversement salutaire froissa des intérêts divers : il étoit donc dans la nature deschoses qu’il ne pût s’effectuer sans soulever des passions, sans allumer des vengeances,sans entraîner de grandes commotions. Cette lutte a donné lieu aux immortellesjournées du 14 juillet, du 10 août, du 9 thermidor, du i .5 vendémiaire, et enfin àcelle du 18 fructidor, qui a mis pour ainsi dire le sceau à tous les triomphes rem-portés jusqu’alors par la liberté sur l’orgueil et le despotisme. La déportation deplusieurs membres des autorités constituées , et de plusieurs écrivains , l’annulationdes élections de cinquante-trois départements, les grands et heureux résultats quien ont été la suite ; tels sont les faits qui attachent à cette derniere journée un ca-ractère qui en fera vivre à jamais le souvenir. Nous allons examiner ici quelles enont été les causes ; nous les suivrons dans leurs développements , et jusques dansles évènements qui en ont dérivé , et qui ont en quelque sorte renouvelé tout lecorps politique , et lui ont donne une nouvelle face, une nouvelle vie , par leschangements survenus dans les administrations , dans les tribunaux , dans le corpslégislatif, dans le directoire , et en général dans l’esprit public.

Depuis le commencement de la révolution le royalisme n’a cessé de conspirercontre le nouvel ordre des choses : ses complots , souvent déjoués , n’ont jamaisété entièrement détruits; il est aisé de prouver qu’il les a repris aussitôt et continuéssans interruption. Aussi n’est-ce point une nouvelle conjuration que le 18 fructidora éclairée et foudroyée ; ce ne sont que les fils renoués des trames rompues en ven-démiaire. Remontons en effet au i 3 de ce mois, devenu si célébré dans les annales denotre révolution ; et nous reconnoitrons que , quel que soit l’espace de temps qui lesépare du 18 fructidor, l’un et l’autre se touchent et se lient intimement.

A la première époque comme a la seconde ce sont les memes acteurs qui figurentsur la scene ; c’est le même but auquel on veut parvenir. Nous disons les mêmes acteurs ;quels sont en effet ceux qu’on a vus paroître en vendémiaire? c’étoit, parmi les repré-

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