CENT TRENTE-QUATRIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
G E sera sans doute , avec le plus grand étonnement que la postérité verra la républiquefrançaise , luttant contre toutes les puissances de l’Europe réunies, conquérir dans le coursd’une seule campagne l’Italie entière, détruire cinq armées impériales, couler à fond toutl’almanach militaire autrichien , forcer le roi des Alpes à nous en donner pour jamais lesclefs, celui des deux Siciles à conclure une paix nécessaire , les ducs de Parme et deModene , l’un a nous payer un tribut, l’autre à fuir ses états , le pape à confier sesdestinées à la loyauté française , l’empereur à signer le traité de Campo-Formio , et lesAnglais à abandonner la Corse. Déjà , dans les guerres précédentes , l’Espagne et la Prusseavoient été détachées par la force de nos armes de cette coalition des rois qui s’étoientpromis de démembrer et de partager la France . Le ministère britannique étoit l’ame decette ligue, la plus formidable qui ait jamais existé. La haine que ce gouvernement n’acessé de porter à notre révolution n’étoit pas le seul motif qui l’excitoit à prolonger lescalamités de la guerre, et à vouloir ensevelir la France sous ses ruines ; depuis long-tempsil aspiroit à l’empire exclusif sur les mers : il n’ignoroit pas qu’en s’emparant de toutes lesvoies du commerce, il deviendroit nécessairement le peuple-roi, le tyran de toutes lesnations.
Quel est en effet le pays où la plupart des denrées et des marchandises des deux Indesne soient devenues des objets de première nécessité, où quelques unes ne se retrouventjusque dans la cabane du laboureur , jusque dans l’humble asyle de l’artisan , et où cellesqui n’appartiennent qu’au luxe n’occupent, dans les fabriques et les manufactures , unemultitude de bras dont l’inaction seroit nuisible au public et aux individus ? Quel est lepays qui n’éprouve à chaque instant le besoin d’acheter ce qui lui manque en l’échangeantavec ce qu’il a de superflu , soit en productions territoriales, soit en fruits de l’industrie ?Mais si ces denrées , si ces marchandises qui manquent, et qui sont nécessaires à toutes lescontrées de l’Europe , sont au pouvoir d’un seul peuple, si ce peuple occupe non seulementles pays où les autres nations pourroient s’aller approvisionner , mais encore les places quiles défendent et les chemins qui y conduisent, si ses forces sont proportionnées à sonambition cupide et démesurée , s’il trouve dans son monopole des richesses qui entre-tiennent sa vigueur , s’il donne à ces nations leurs côtes pour barrière , ou s’il ne leurpermet de paroître sur les mers qu’à des conditions onéreuses et humiliantes, ces nationsne seroient-elles pas tôt ou tard forcées de subir son joug et de devenir ses tributaires ?
L’ascendant que prend un souverain par ses victoires ou sa politique sur les princes sescontemporains, sur tous les pays qui l’entourent; le pouvoir qu’il exerce sur les étatsau-dessus desquels l’ont élevé ses forces , ses talents et sa fortune ; le despotisme en un mot,d’un Charles-Quint, d’un Louis XIV , d’une Catherine, n’atteint, ne frappe que lesgouvernements ; ceux-ci même ont la certitude que le temps leur fera justice du despote
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