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Tome second.
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DE LA RÉVOLUTION. 5 7 i

On peut dire que cette perte , irréparable pour les Français dans la situation où ilsétoient, décida du sort de Saint-Jean d’Acre : peut-être que , malgré l’état de défenseoù le colonel Phélippeaux avoit mis cette place, l’audace et l’intrépidité dans les attaqueseussent pu suppléer les machines de guerre et le manque de grosse artillerie et de tous .les approvisionnements nécessaires pour presser un siégé ; mais il est évident que cesobjets précieux, non pas seulement détruits et perdus , mais pris et transportés à ladéfense de cette même place , dévoient, s’ils étoient bien employés , faire pencher labalance des moyens du coté des assiégés.

La tranchée fut ouverte le 3 o ventôse an vu. Le commodore Sidney-Smith quitta larade de Caïffa, et vint mouiller sous les murs de Saint-Jean d’Acre. Les Français poussèrentd’abord les travaux avec tant d’activité , qu’au bout de neuf jours les batteries de brecheet les contre-batteries avaient percé la tour , pendant qu’on avoit poussé un rameau demine pour faire sauter la contrescarpe. La mine joua, mais elle ne fit qu’un entonnoirsur le glacis : on crut la contrescarpe dégradée ; le fossé mal reconnu paroissoit peuprofond ; l’ardeur des grenadiers ne permit pas de les retenir. Cependant au lieu detrouver ces obstacles applanis , il furent arrêtés par un fossé de quinze pieds 5 ils ydescendirent, placèrent des échelles , gravirent la breche , mais se trouvèrent séparés parla contrescarpe d’avec les troupes qui dévoient les soutenir. Les braves officiers qui condui-soient l’attaque y périrent -, les Turcs , qui avoient déjà abandonné la tour, y rentrèrent,et les Français se retirèrent dans leurs tranchées.

Le mauvais succès de ce premier assaut ne rebuta point Bonaparte : il n’avoit pasencore reçu d’artillerie de siégé. U fit de nouveau battre en breche cette même tour 5les obus y mirent le feu , mais on tenta vainement de s’y loger.

Après tant de pertes multipliées et irréparables, il devenoit presque impossible de ré-duire une place défendue avec tant de valeur, sans cesse ravitaillée, et secourue du côté dela mer, protégée par l’escadre du commodore Sidney, qui, n’ayant point à craindre d’êtreattaqué, pouvoit disposer de ses équipages , de son artillerie , de ses munitions.

Néanmoins Bonaparte ne pouvoit se résoudre à renoncer à cette conquête : il voyoitla place ouverte, et la breche plus large 5 il voulut donc tenter une derniere fois le sortdes armes : mais ce fut inutilement. Les grenadiers ayant demandé à remonter à l’assaut,le combat recommença le soir même avec une nouvelle fureur, et avec aussi peu desuccès. Alors Bonaparte fit la levée du siégé en très -bon ordre, et crut, avec raison,avoir rempli le but principal de son expédition , puisqu’il avoit détruit et dispersé la plusgrande partie des forces du pacha, et prévenu la réunion de l’armée du grand-visir. Ilrepassa donc le désert, et revint en Egypte .

Seid-Mustapha-pacha rassembloit dans les divers ports de l’isle de Rhodes les troupesdestinées à l’attaque d’Alexandrie. Ce fut aux pyramides de Giseh que Bonaparte reçutl’avis qu’une flotte turque de cent voiles avoit mouillé, le 23 messidor , dans la raded’Aboukir . Il se disposa aussitôt à attaquer cette nouvelle armée: ce fut le 7 thermidorsuivant qu’on se trouva en présence. Bonaparte forma ses colonnes d’attaque 5 le générald ’Estaing enleva à la bayonnette la hauteur retranchée qui formoit l’appui de la droite desTurcs : en même temps, la division Lasnes se porta sur la gauche de cette première ligne,et le général Murat marcha droit au centre avec le reste de sa cavalerie, après avoir faitcouper par des escadrons détachés la retraite des deux ailes attaquées.

Presque toute la première ligne turque ( environ deux mille hommes ), dépostée et enve-loppée par cette manœuvre, périt par le feu, ou se noya. Les Turcs furent poursuivisjusqu’à leur seconde position, moins étendue et beaucoup plus forte que la première. Uneredoute flanquoit la tête de cette position , que le pacha, qui n’avoit plus d’autre retraite,s’étoit préparé à défendre avec obstination. Il lui restoit encore huit à neuf mille hommes.