DISCOURS
Le Sénat, présidé par le consul Cambacérès , a décrété , dans sa séance de ce jour, àlaquelle assistait le consul Lebrun, et où les ministres étaient présens, le sénatus-consulteorganique qui défère le titre d’Eiperedr au Premier Consul, et qui établit dans safamille l’hérédité de la dignité impériale.
Il a arrêté de se transporter sur l’heure à Saint-Cloud , à l’effet de présenter le sénatus-consulte organique à l’Empereur. Il s’est mis en marche immédiatement après la fin de
la séance. Le cortège était accompagné de plusieurs corps de troupes.
Le sénat, à son arrivée, a été admis aussitôt à l’audience de l’Empereur.
Le consul Cambacérès , président, a présenté le sénatus-consulte organique au PremierConsul, et a dit :
SIRE,
« Le décret que le sénat vient de rendre, et qu’il s’empresse de présenter à VotreMajesté Impériale, n’est que l’expression authentique d’une volonté déjà manifestée parla Nation.
» Ce décret qui vous défère un nouveau titre , et qui, après vous , en assure l’héréditéà votre race, n’ajoute rien à votre gloire, ni à vos droits.
» L’amour et la reconnaissance du Peuple français ont, depuis quatre années, confié àVotre Majesté les rênes du Gouvernement ; et les constitutions de l’Etat se reposaientdéjà sur vous du choix d’un successeur.
» La dénomination plus imposante qui vous est décernée n’est donc qu’un tribut que laNation paie à sa propre dignité , et au besoin qu’elle sent de vous donner des témoignagesd’un respect et d’un attachement que chaque jour voit augmenter.
» Eh! comment le Peuple français pourrait-il trouver des bornes pour sa reconnaissance,lorsque vous n’en mettez aucune à vos soins et à votre sollicitude pour lui?
» Comment pourrait-il, conservant le souvenir des maux qu’il a soufferts lorsqu’il futlivré à lui-même , penser sans enthousiasme au bonheur qu’il éprouve depuis que la Pro-vidence lui a inspiré de se jeter dans vos bras.
» Les armées étaient vaincues ; les finances en désordre ; le crédit public anéanti ; lesfactions se disputaient les restes de notre antique splendeur; les idées de religion et mêmede morale s’étaient obscurcies ; l’habitude de donner et de reprendre le pouvoir laissaitles magistrats sans considération, et même avait rendu odieuse toute espèce d’autorité.
» Votre Majesté a paru. Elle a rappelé la victoire sous nos drapeaux; elle a établi la règleet l’économie dans les dépenses publiques ; la Nation, rassurée par l’usage que vous en avezsu faire, a repris confiance dans ses propres ressources; votre sagesse a calmé la fureurdes partis; la religion a vu relever ses autels; les notions du juste et de l’injuste se sontréveillées dans l’ame des citoyens, quand ils ont vu la peine suivre le crime, et d’honorablesdistinctions récompenser et signaler les vertus.