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Tome premier. [A - BOU.]
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H 04 A M O

Lissage L déterminé ce terme à signifier pítis parti-culièrement la forte sympathie que conçoivent despersonnes d'un sexe pour celles de l’autre. Les sens ènforment le nœud. C’est une paillon inquiète & tu-multueuse. 11 ne peut subsister sans un mouvementcontiuel, aullì bien que le feu. Il s’éteint dès qu’ilceste d’eípérer ou de craindre. VAmour est une en-vie cachée & délicate, de posséder ce que Ton aime.de la Rochep.

On ne peut long-temps cacher XAmour où il est,

■ni le feindre où il n'est pas. Id. VAmour est Reniant4u -loisir. Comme un de nos Auteurs a dit qu’il en est«le l 1 Amour comme de la petite vérole , qui est bienmoins dingéreuíe quand on est jeune que dans unâge plus avancé.

Il n’y a point d 'Amour fans estime : car nous nepouvons nous défendre de trouver du prix aux chosesqui nous plaisent, 8c notre cœur en groiilt le mérite.

Si les attraits qui nous charment, font plus d’impreí-hon íur les sens que fur l’ame, ce n’est point de 1 ’A-mour , c’est un appétit corporel. Il est du véritableAmour comme de l’apparition des esprits; tout lemonde en parle, peu de gens en ont vu. de la Ro-

CHEP.

ïïfT Amour, Galanterie , synonymes. U Amour ditM. l’Abbé Girard, est plus vif que la galanterie : ila pour objet la personne : sait qu’on cherche à luiplaire dans la vue de la posteder , Sc qu’on l’aime au-tant pour elle-même que pour foi : il s’empare brus-quement du cœur, 8c doit sa naissance à un je nesais quoi d’indéfinissable, qui entraîne les scntimens 8carrache l’estime avant tout examen & fans aucune in-formation. La galanterie est une paillon plus volup-tueuíe que l ’amour : elle a pour objet le sexe; faitqu’on noue des intrigues dans le destein de jouir, &qu’on aime plus pour fa propre satisfaction que pourcelle de fa maîtresse : elle attaque moins le cœur queles sens; doit plus au tempérament & à la comple-xion qu’au pouvoir de la beauté, dont elle démélepourtant le détail, & en observe le mérite avec desyeux plus connoisseurs ou moins prévenus que ceuxde l’ amour.

L’un a le pouvoir de rendre agréables à nos yeuxles personnes qui plaisent à celle que nous aimonspourvu quelles ne soient pas du nombre de pelles quipeuvent exciter notre jalousie. L’autre nous engageà ménager toutes les personnes qui íont capables deservir ou de nuire à nos deíleins, jusqu’à notre rivalmême, si nous voyons jour à pouvoir en tirer avan-tage -

Le premier ne laisse, pas la liberté du choix : ilcommande d’abord en maître , 8c règne ensuite entyran, jusqu’à ce que ses chaînes soient usées par lalongueur du temps, ou quelles soient brisées parressort d’une raison puissante, ou par le caprice d’undépit soutenu.

r? La seconde permet quelquefois qu’une autre pas-sion décide de la préférence : la raison & l’intérêt luiservent souvent de frein ; & elle s’accommode aisé-ment a notre situation & à nos affaires.

fCT l Amour nous attache uniquement à une personne,8c lui livre notre cœur sans aucune réserve ; en sortequ’elle le remplit entièrement, & qu’il ne nous resteque de l’indifférence pour toutes les autres , quelquebeauté & quelque mérite qu’elles aient. La galante- >rie nous entraîne généralement vers toutes les per-sonnes qui ont de la beauté ou de l’agrément, nousunit à celles qui répondent à nos empreflemens 8c ànos désirs ; de façon cependant qu’il nous reste encoredu goût pour les autres.

■If? H semble que Xamour se plaise dans les difficultés :bien loin que les obstacles l’assoiblissent, ils ne ser-vent d’ordinaire qu’à l’augmenter : on en fait toujoursune de ses plus sérieuses occupations. Pour la galan-lanterk, elle ne veut qu’abréger les formalités : lefacile l’emporte souvent chez elle fur le difficile : ellene sert quelquefois que d’amufement. C’est peut-êtrepour cette raison qu’il s e trouve dans l’homme unfond plus inépuisable pour la galanterie que pour

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Xamour : car il est tare de voir un premier amoursuivi d’un second; & je doute qu’on ait jamais pouliejusqu’à un troisième : il en coûte trop au cœur pourfaire souvent.de pareilles dépenses : mais les galante-ries font quelquefois fans nombre, 8c se succèdentjusqu’à ce que l’âge vienne en tarir la íource.

(fJt II y a toujours de la bonne foi en amours niais uest gênant 8c capricieux ; on le regarde aujourd’huicomme une maladie ou comme foibleste d’esprit. Il e11 "tre quelquefois un peu de friponnerie dans la galan-terie ; mais elle est libre 8c enjouée ; c’est le goût denotre siècle.

ffT l’Amour grave dans l’imagination, Ridée flatteuíed’un bonheur éternel, dans l’entière & constante p°Lfeision de 1 objet qu’on aime : la galanterie ne manquepas d’y peindre l’image agréable d’un plaisir singulier tdans la jouissance de l’objet qu’on pourluit : mais n 1l’un ni l’autre ne peint alors d’après nature ; & l’expe*rience fait voir que leurs couleurs, quoique gracieu-ses , font souvent trompeuses. Toute la dissérencequ’il y a, c’est que Xamour étant plus sérieux, on estplus piqué de l’infidélité de son pinceau ; & que I esouvenir des peines qu il a données, sert, en les voyantsi mal récompensées, à nous dégoûter entièrement delui ; au lieu que la galanterie étant plus badine, c»iest moins sensible à la tricherie de ses peintures; & l avanité qu’on a d’ctre venu à bout de ses projets, con-sole de n’avoir pas trouvé le plaisir qu’on s’étoit fi'guré. . a

£CP En Amour , c’est le cœur qui goure principale'ment le plaisir : l’eíprit y sert en elclave lans le regat'der lui- même ; 8c la íàtisfaction des sens y contribuemoins à la douceur de la jouissance qu’un certain con-tentement dans l’intérieur de l’ame, que produit ladouce idée d’être en posseffion de ce qu’on aime , Síd’avoir les plus sensibles preuves d’un tendre retour.En galanterie , le cœur moins vivement frappé del’objet; l’esprit plus libre pour se replier sur lui-me-me, 8c les sens plus attentifs à se satisfaire, y parta-gent le plaisir avec plus d’égalité; la jouissance y estplus agréable par la volupté que par la délicatesse desfentimens.

fCF Lorsqu’on est trop tourmenté par les caprices deXamour y on travaille à fe détacher, & l’on devientindiffèrent. Quand on est trop fatigué par les exercicesde la galanterie , on prend le parti de fe reposer, &l’on devient sobre. ^ ,

"gfr L’excès fait dégénérer Xamour en jalousie, 8c, 1 Jgalanterie en libertinage. Dans le premier cas, on estsujet à se troubler la cervelle. Dans le second, on esten danger de perdre la santé.

A? l’Amour ne meffied pas aux filles ; mais la galan -terie ne leur convient nullement, parce que le moudsne leur permet que de s’attacher 8c non de fe fat"faire. Il n’en est pas ainsi à l’égard des femmes ;leur passe la galanterie j mais Xamour leur donne duridicule. Il est à fa place qu’un jeune cœur se IA ÍCprendre d’une belle paffion; le spectateur naturelleme^touché, s’intéresse allez volontiers à ce spectacle, ^par conséquent n’y trouve point à blâmer. Aulieuqu’ u11cœur soumis au joug du mariage, qui cherche enco* 2à se livrer à une paffion auffi tyrannique qu’aveugj e ’lui paroît faire un écart digne de censure ou de rU ee 'C’est peut-être par cette raison qu’une fille peut, aV eCXamour le plus fort, se conserver encore la teU"^amitié de ceux de ses amis qui se bornent aux sentimf 11que produiíent l’estime 8c le respect ; 8c qu’il est X> lClïdifficile qu’une femme mariée, qui s’avife d’aij 11quelqu’un de ce tendre & parfait amour, n’élois^ses autres amis, ou qu’elle ne perde beaucoup ,l’estime & de Rattachement qu’ils avoient pour eCela vient de ce que, dans la première circonst allce jXAmour parle toujours ion ton, 8c jamais ne P c f n ccelui de la simple amitié ; ainsi les amis ne p er , ‘ ^rien de ce qui leur est dû, ne font point alarrne-V^ce qu’on donne à Rainant : mais dans la seconde ^constance Xamour parle & se conduit lur l’un 0111 gtre ton ; Ramant sait l’ami; de façon que l eS . aU ss jís’ils ne font écartés, sentent du moins diminue

confiai»