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Tome premier. [A - BOU.]
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l ’ amour de nous-mêmes. Avec V amour de nous-memes 3disent-ils, on cherche hors de foi son bonheur ; ons’airae hors de íoi davantage, que dans son existencepropre: on n’est point íoi-même son objet. L ’amour-propre au contraire íurbordonne tout à ses commodi-tés 8c à ion bien être : il est à lui-meme son objet 8csa fin ; de sorte qu’au lieu que les pallions qui vien-nent àeY amour de nous-mêmes , nous donnent aux cho-ses, 1 ’amour-propre veut que les choses se donnent à nous,& se fait le centre de tout. Quoiqu’il en soit, quecette distinction soit fondée,ou non, Y amour de nous-mêmes ne peut pccher qu’en excès, en direction. Sondérèglement consiste en ce que nous nous aimons trop,ou en ce que nous nous aimons mal, ou dans l’un &sature de ces défauts joints ensemble.

f^CT L’amour de nous-mêmes ne pêche point en excès,puifqu’il estpermis de s’aimer tant qu’onveut, quand ons’aime bien. En ester, s’aimer soi-même, c’est délirer sonbien, craindre son mal, chercher son bonheur. S’il ar-rive qu’on désire trop, qu’on craigne trop, qu’on s’attacheà son plaisir , ou à ce qu’on regarde comme son bon-heur, avec trop d’ardeur: alors l’excès vient du défautqui est dans l’objetde nos pallions, & non pas de latrop grande mesure de Yamour de nous-mêmes ; puis-que nous pouvons, & nous devons même désirer fansbornes la souveraine félicité, craindre sans bornes lasouveraine misère, & qu’il y auroit même du dérègle-ment à n’avoir que des désirs bornés pour un bieninfini.

U3“ Cette insatiable avidité du cœur de l’homme étoitnécessaire, afin qu’il se trouvât par-là disposé à cher-cher Dieu. Soit qu’on le regarde comme son souverainbien, soit qu’on se le représente comme un être infini-ment parfait ; toujours est-il certain que Y amour qu’ona pour lui ne doit pas être limité ; & c’est à' fin quel’homme fût capable en quelque forte de la posseffionde ce bien infini, que le créateur a mis une espèced’infinité dans ses connoissances & dans ses actions. Sicette infinité n’est pas dans l’acte, elle est dans la dis-position du cœur naturellement insatiable.

Si nous nous aimions nous-mêmes par raison , Ya-mour de nous-mêmes pcurroit être dans notre cœurdans une mesure limitée, car nous ne trouvons pointune infinité de raisons dans notre esprit pour nous ai-mer : mais nous nous aimons par sentiment, & il n’estpas concevable que nous puifiions sentir quelque plai-sir & quelque joie, sans aimer nécessairement ce soi-même qui en est le sujet ; comme il y a une variétéinfinie & une infinité de degrés dissérens dans la joieque nous pouvons goûter , il n’y a point de mesuredans le désir du bonheur, dans lequel cette joie entreessentiellement, ni par conséquent dans Y amour denous-mêmes , qui est le principe de ce désir.

ifT La mesure de l ’amour de soi-même , 8c ces désirs quisont comme infinis, font les seuls liens qui attachentl’homme à Dieu, puisque des désirs modérés ne peu-vent lier le cœur de l’homme qu’avec des créatures,8c que ce n’est point Dieu qu’on aime , mais un fan-tôme qu’on sc forme à la place de Dieu, quand onl’aime médiocrement.

IjCF C’est donc une folie d’oppposcr 1 ’amour de nous-mêmes à l’amour divin, quand celui- là est bien réglé.Car qu’est-ce que s’aimer soi-même comme il saut?C’est aimer Dieu. Et qu’est-ce qu’aimer Dieu ? C’ests’aimer soi-même comme il faut. L’amour de Dieu estle bon sens de Y amour de nous-mêmes , c’en est l’esprit8c la perfection. Quand 1 amour de nous-mêmes setourne vers d’autres objets, il ne merite pas d’êtreappelé amour: il est plus dangereux que la plus cruellehaine. Mais quand Y amour de nous-memes sc tournevers Dieu , il sc confond avec l’amour divin.

|JG* Prenons pour exemple les bienheureux, qui fansdoute ne s’aiment point trop , ni trop peu, puisqu’ilsfont dans un état de perfection. Je demande, dit Aba-die, s’ils peuvent aimer Dieu fans bornes, fans sentirla joie de possession-, 8c je demande ensuite si l’on peutsentir de la joie sans s’aimer soi-même, à proportiondu sentiment qu on en a.

I3 Il paraît donc que le mal n’est pas en ce que nous

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nous aimons trop, puisque nous pouvons nous aimertant que nous voudrons, quand nous nous aimeronspar rapport au souverain bien ; mais que le dérègle-ment consiste en ce que nous nous aimons mal, c’est-à-dire, par rapport à de faux objets. L ’amour de nous-mêmes est innocent en soi: il est corrompu, quand Usc tourne vers les créatures, & saint quand il se tournevers Dieu.

§3“ L’Amour-propre est le principe général de toutesnos affections & de tous nos mouvemens. Si nous dé-sirons, si nous craignons, si nous espérons, c’est tou-jours pour Yamour de nous-mêmes. A la vérité l’affec-tion que nous avons pour les autres fait quelquefoisnaître nos désirs, nos craintes 8c nos espérances ; maisle principe de cette affection est Y amour de nous-mî -mes. Considérez bien toutes les sources de nos ami-tiés , 8c vous trouverez qu’elles sc réduisent à l’inté-rêt, la reconnoissance, la proximité, la sympathie &une convenance délicate que la vertu a avec Y amourde nous-mêmes _> qui fait que nous croyons l’aimerpourelle-même, quoique nous humions, en effet, pourY amour de nous ; 8c que tout cela sc réduit à Y amourde nous-mêmes .

§CT Amour conjugal. Amor conjugum , conjugalis ,ou conjugialis. Y’amour conjugal a été représenté patAlciat en ses emblèmes, par deux corneilles, dont l’a-mitié est inséparable, & pendant la vie & à la mort,selon Elien, L. j ,C. ç. Hift. de Rock. S. Chrysostômedit que le cœur est le symbole de Y amour conjugal, simeurt par la moindre division des parties.

fK? Les caractères de Y amour conjugal ne sont pointéquivoques. Un mari a joui : la jouissance est lapierre de touche de l’amour. Le véritable y puise denouveaux feux; mais le frivole s’y éteint. Ce n’est quepour les libertins & les hommes déraisonnables, quele mariage devient le tombeau de Y amour. Je veu-tque l’amour soit plutôt la fuite que le motif du ma-riage. Je veux un amour produit par la raison, u»amour où nous faisions entrer la connoissance 8c hgoût de nos devoirs.

$3” Je ne crois pas qu’il soit plus difficile de continuetà être heureux dans le mariage, que de le devenir patle secours des précautions qui doivent le précéder, siest vrai que rien n’est plus saint ni plus rare que d’ai-mer fa femme : mais si le plaisir est conforme à la loi,il en est plus pur ; & s’il est rare, il en est plus exquis*On peut même ajouter, fans craindre la raillerie, quele plaisir d’aimer fa femme est fans contredit le plusflatteur de tous les plaisirs. V amour propre même trou-ve son compte à respecter toujours le choix qu’il afait.

Amour paternel 8c filial. Nous aimons nos en-íans, parce qu’ils sont nos enfans. S’ils étoient les en-fans d’un autre, ils nous scroient indifferens. Ce n’estdonc pas eux que nous aimons , mais la proximitéqui nous lie avec eux. Il est bien vrai que les enfansn’aiment pas tant leurs peres, que les peres aimentleurs enfans, quoique ces deux affections paraissentfondées fur la même raison de proximité ; mais cettedifférence vient d’ailleurs. Les enfans sc voient mou-rir dans la personne de leurs peres, & les peres aUcontraire, fo voient revivre dans la personne de leursenfans. Or la nature nous inípire l’amour de la vie 8Cla haine de la mort.

D’ailleurs, les peres voyant dans leurs enfans d’aU-tres eux-mêmes soumis & dépendans, ils fo félicitentde les avoir mis au monde. Ils les considèrent ave cplaisir, parce qu’ils les considèrent comme leur ou-vrage. Ils font ravis d’avcir des droits sacrés 8c invio-lables fur eux. C’est là leur magistrature, leur royauté,leur empire. Mais le même orgueil qui fait que l eSperes aiment la supériorité, fait haïr aux enfans la dépen-dance. Rien ne nous accable tant qu’un bienfait’quand il est trop grand, parce qu’il nous asspi etnttrop. Nous le regardons comme une chaîne délicate,mais forte, qui lie notre cœur & qui contraint notreliberté. C’est le mystère caché dans la maxime con-nue : le sang ne remonte jamais.

Amour du prochain. L 'amour que nous avons p<? ar