Band 
Tome quatrieme. [F - JAM.]
Seite
301
JPEG-Download
 

F R A

Vous traiterai comme vous le méritez. Entendez-vous le François? c’est-à-dire, concevez-vous bience que je vous dis, ce que je veux vous dire? Je nevoudrois point appeler François , on langue Françoi-se, la langue des anciens Francs, telle qu’ils rappor-tèrent d’au delà du Rhin-, mais comme je voudroisles appeler eux-memes Francs avec M. de Cordemoy,Mézeray & d’autres, je voudrois aulìi appeler leurlangue, la langue des Francs, ou le Franc, la lan-gue Franche , ainsi qu’on l’a mis ci-dessus, & je n ap-pelerois langue Françoise, ou François, que cellequi depuis la conquête des Francs, s’est formée de1 ancien Gaulois, de la langue des Francs, qui etoitla langue Germanique, & du Latin que les Romainsavoient apporté dans les Gaules. Cependant nos Au-teurs n’obfervent pas tous cette règle. Par exemple,Pafquier, Rech. L. FII , C. 3, dit, la langue desFrançois n’étoit autre que celle des Germains, notrevulgaire François fut composé de trois langues, Wa-lone, Latine 8c Françoise.

On parle François dans toutes les Cours de l’Eu-rope. Bouh. La Langue Latine ^suivi les conquêtesdes Romains; mais je ne vois pas qu’elle les ait ja-mais précédées. Les nations que ces conquérans avoientvaincues apprenoieut le Latin malgré elles, au lieuque les peuples qui ne t ont pas encore soumis à laFrance, apprennent volontairement le François. Id.

Pafquier dit que le François est compote de lalangue Grecque, Latine , de l’ancien Gaulois, 8c dela langue Germanique, laquelle fut apportée dans lesGaules par les Francs, ou François, qui s’y font éta-blis. Mais on y a apporté peu à peu des changemenssi considérables, que Tandon langage n’est plus in-telligible aujourd’hui. Ainsi, nos vieux Poètes, quin’eussent jamais mis la main à la plume, s’ils n’eus-sent cru rendre leurs œuvres immortelles, fe fontextrêmement trompés ; elles lont présentement ense-velies par les ans & par le changement du langage,8c il ne reste plus de leurs écrits que les carcasses.Chacun s’imagine que la langue vulgaire de son tempsest la plus parfaite; mais il est dissicile de marquer8c de sixer ce point de perfection. Tout ce qu’onpeut dire déplus vraisemblable, c’est que l’abondancedes bons Auteurs qui fe trouvent dans un siècle, au-torise la langue de leur temps. La langue vulgairede Rome fut en fa perfection du temps de Cicéron,César, Virgile, &c. le Toscan du temps de Pétrar-que 8c de Bocace. Nonobstant les changemens arri-vés à ces deux langues, leur perfection a toujoursete rapportée au siècle de ces grands maîtres. De faireun pronostic de la nôtre, il seroit malaisé. Pasq.Foye% le mot Gaulois. Le François , tel qu’il estaujourd’hui, n’est point une langue originale, maisun jargon formé de plusieurs langues, 8c il n’y ena guère dont il n’ait pris quelques mots, & peut-être quelques tours & quelques phrases. Les larguesqui dominent dans le François, & qui en font la baseSc le fondement, font, i°. la langue Celtique, soitqu’elle fût une langue particulière, soit qu’elle nefût qu’un des dialectes qu’on parloir dans l’Occident8c dans le Nord, 8c qui paroissent venir tous de l’an-ciitnne langue des Gots. z°. La langue Latine que lesRomains porterenc dans les Gaules quand ils en fi-rent la cpnquete, & qu’ils y mirent en usage, aprèsles avoir subjuguées. La langue Tudesque, ou cedialecte de la langue Tudesque que les Francs par-loient lorsqu’ils passèrent le Rhin, & qu’ils s’établirent dans les Gaules, il y a environ treize cens ans.De ces trois langues s’est formé, dans l’espace de prèsde treize siècles, le François tel qu’il est aujourd’hui.Ses progrès ont été lents, 8c l'Italien, auísi-bien quel’Espagnol, ont été des langues régulières long-tempsavant le François. Pafquier dit, que le François com-mença à fe polir vers le milieu du règne de Philippede Valois, 8c qu’on voir dans les registres de notreChambre des Comptes une pureté qui approche decelle de notre âge.

Jufqu'au règne de François I, le François avoirnéanmoins été une langue assez imparfaite. La cou-

F R A

301

tume de'parler Latin au barreau, & de faire en cettelangue les actes publics dans les Cours de Justice ,avoir fait négliger aux François leur propre langue.Les siècles précédens avoient été des siècles d’igno-rauce, que de longues & fâcheuses guerres, que laFrance avoir faites ou soutenues, avoient répanduepar-tout. La Noblesse Françoise se faisoit un méritede ne rien lavoir, & nos Généraux ne se mettoientpoint en peine d’écrire & de parler poliment, pourvuqu’ils lussent faire la guerre. François I, qui fur lerestaurateur des lettres, Sc le Pere des Savans chan-gea la face des choses-, Sc après son règne, FleuriEtienne imprima Ion livre, de la pre'cellence du lan-gage François sur les autres langues qui fe parlent.

Le changement parut plus considérable à la fin duXVI e siècle Sc fous Henri IV Amyot, Coessetau 8 cMalherbe , contribuèrent beaucoup à perfectionnerla langue Françoise. Le Cardinal de Richelieu ache-va, par rétablissement de l’Académic Françoise, cequ’ils avoient si heureusement commencé. Par les soinsde certe illustre Compagnie, où on a vu entrer de-puis son établissement tout ce que l’Eglise, l’Epée 8 cîa Robe ont de plus distingué, la langue Françoises’est défaite de tout ce qui la chargeoit fans l’cmbel-lir, Sc elle s’est enrichie 8 c parée de tout ce qui luimanquoit. Le long & Horissant règne de Louis XIV,a donné au François fa perfection : les grandes qua-lités de ce Prince, son goût pour les beaux arts, &celui de tçius les Princes de fa maison, rendirent saCour la plus polie 8 c lajstus spirituelle, comme elleétoit la première du monde : l’esprit y brilla autantque la magnificence, Sc ses Généraux auroient pudisputer aux Grecs & aux Romains la gloire de bienécrire, comme ils leur avoient enlevé celle de bienfaire la guerre. De la Cour, l’élégance & la puretédu langage s’est répandue dans les Provinces ; tout lemonde aujourd’hui parle Sc écrit bien en François,8 c ce n’est plus un mérite singulier de le faire. Telsont été les commencemens Sc les progrès du Fran-çois, 8c cette langue en Pétât où elle est aujourd’huiest la plus belle langue du monde.

Nulle langue n’est plus naturelle que le François;on y range les mots dans le même ordre que les ideess’arrangent dans notre esprit, en quoi il est bien dif-férent du Grec Sc du Latin, où le dérangement mê-me & le renversement de Tordre naturel des motsest une beauté du discours : il est vrai que la langueHébraïque égale Sc surpasse en cela le François,mais elle n’en a, ni la richesse 8 c l’abondance, ni lavariété ; cc qu’on doit attribuer à la simplicité despremiers temps, aux nouvelles inventions, au com-merce & à la perfection des sciences & des arts;ainsi, il est toujours vrai que le François l’empocte.Il faut avouer cpie pour l’analogie de la Grammai-re , la simplicité avec laquelle les temps Sc les mo-des des verbes fe forment, l’Anglois a l’avantage furtoutes les langues, & il est en ce’point la premièrelangue du monde, au ìjoins de celles qu’on connoît;car il n est pas question ici des langues des Sauvages,qui n ont point été réduites en art; mais les tours,les expressions, les idiomes de l’Anglois font si ex-traordinaires , qu’il perd par-là les avantages que fasimplicité grammaticale lui donnoit sur les autreslangues.

, On peut écrire, 8 c bien écrire en François danstous les,-styles, 8 c fur toutes fortes de matières; iln’y a point de caractère de style en quoi 1 on ne fesoit exercé; point de sujet, point d’art, point descience, sur quoi l’on ne trouve quantité de bons lì-vres, 8 c bien écrits en François, il est susceptiblede tous les agrémens Sc de tous les ornemens du dis-cours : le grand, le sublime, la delicateste , 1 élégan-ce , lc brillant, Sc un Auteur qui ne íortira pointdu caractère de la langue, ne tombera pas dans lesdéfauts opposés à ces qualités.

Le François a peu de mots composes, il diffèrefort en cela du Grec 8c de 1 Allemand ; ce n’est peut-ctre pas un avantage pour le François ; car les languesGrecque Sc Allemande tirent beaucoup de force 8 c