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ss’énergie de la composition des mots, en exprimantpar un seul mot ce qu’onnc sauroitexprimer en Fran-çois que par une périphrale.
Il y a en François auiîì peti de diminutifs que decomposés : ceux qui nous restent aujourd’hui, com-me cassette 3 tablette , &c. n’ont plus la significationd’un diminutif de caijfe Sc de table , ce sont des motssimples qui signifient une chose particulière, quin’est point une petite caisse, ou une petite table.Presque tous les diminutifs, proprement dits,fonthors d’uiage, du moins ceux dont la terminaison &le son paraissent avoir quelque choie depetit, com-me herbette 3 fillette , rpjfignolet, Sc c. Ceux qui nousrestent peuvent ctre appelés des diminutifs de chose,Sc non pas de terminaison, bleuâtre , rougeâtre, jau-nâtre , Scc. -font de ce caractère, ils marquent unequalité plus foible dans la chose dont on parle, &c’est une richesse au François d’avoir des mots quiexpriment cette idée.
Quoique les hommes aient plus d’idées qu’il n’ya de mots dans quelque langue que ce soir, il n’ya presque rien qu’on ne puiíle exprimer eu Françoisavec autant de justesse & de vivacité qu’on le con-çoit : pour s’en convaincre , il ne faut que faire ré-flexion que depuis un siècle / il n’y a rien fur quoil’on n’ait bien écrit-en Frahçois, faits excepter, niles mystères de la Religion, ni les matières les plusabstraites de la Philosophie.
Du reste, on ne doit point attribuer au François ,comme une qualité particulière , l’usage de certainstermes de civilité. Sc de certains titres de dignité ;cela vient du caractère des nations, & non pas decelui des langues. Les François tiennent le milieu,Sc ils n’ont en cela, ni la fierté des Orientaux, nil’affectarion des Italiens.
Mais ce qui distingue sur-tout le François, & ledoit faire infiniment estimer, c’est la justeflè, la mo-destie & la pureté de ses cxprelsions. La justeíle ban-nit ces métaphores outrées, ces hyperboles qui fontsi fréquentes dansl’Italicn Sc dans l’Eípagnoi. La mo-destie ne permet pas qu’on emploie dans l’usage or-dinaire un terme obscène ou une expression trop li-bre ou trop dure. Cet avantage manque au Grec &au Latin, qui, fur ce point, peuvent être regardéscomme des langues grossières Sc barbares.
Tant de qualités, qui rendent le François la plusbelle langue du monde , viennent dc la douceur du'climat de la France, de la bonté de son terroir, deJa pureté de l’air qu’on y respire, & íur-tout du ca-ractère des François, de la vivacité, de la pénétrationde leur esprit, de-leur humeur libre, aisée, enga-geante, de leur politesse, de la délicatesse & de lanoble st è de leurs sentimens, de leur bon goût danstout ce qui peut toucher l’-esprit ou le cœur.
Le François est aujourd’hui la langue la plus con-íiue Sc la plus-étendue qu’il y ait en Europe; car lespeuples qui parlent Esclavon, parlent moins une mêmelangue que les dìfférens dialectes d une même langue.Preíque tous les honnêtes Ans Sc les Savans en Eu-rope entendent le François , & le parlent. L’intérct<le la politique en a fait une langue néceilaire auxMinistres des Princes étrangers, & aux Officiers quifervent dans leurs armées, ou qui commandent dansleurs places frontières. L’amour des Sciences a eu lemême effet à l’égard des Savans, auxquels la connoifsance du Grec Sc du Latin ne suffit pas pour appren-dre même les Sciences Sc les Arts, dont les GrecsSc les Latins ont parle. En Allemagne Sc ailleurs,les Princesses & les personnes de quelque condition ,se piquent de savoir le François , on le leur apprenddans leur jeunesse; c’est une coutume presque uni-verselle dans toute l’Allemagne. Dela vient que leFrançois n’est guère moins connu dans les Cours del’Europe que la langue même du pays. La Cour deVienne est en cela un peu disserente des autres, Scl’usage du François y est plus rare qu’ailleurs. L Em-pereur Léopolcí n’aimoit pas qu’on pariat François àfa Cour. D’ailleurs un Empereur d’Oscident croyoit.qu il étoit de son intérêt & dc fa grandeur, d’eptxe-
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tenir ù sa Cour l’usage de la langue Italienne Sc dela langue Latine. Quoique le Czar Pierre qui a régnéen Moscovie, n’ait vu la France qu’en 1717, il y a voielong-temps qu’il avoir établi à Moicou des écoles dela langue Françoise , où les Seigneurs envoient leursenfans : ce Prince n’a point trouvé de moyen plus sûrpour inspirer la politesse à ses peuples. Sc pour fairefleurir dans ses Etats les Arts Sc les Sciences.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que le François est unelangue fort étendue dans l’Europe, il y a long-tempsqu’il a cet avantage fur toutes les langues qui s’y par-lent. Guillaume le Conquérant donna à l’Angleterre■des loix en langage François. Les anciennes Coutu-mes des plus considérables Provinces des Pays-Basfont écrites en François , Sc tous ces peuples, tanten-deçà de la mer qu’au-delà , portent encore ce ca-ractère de la domination Françoise; ce qui les mer■dans la nécessité d’apprendre le François.
Enfin, le François est la même langue par-toutdans toutes les Provinces de France dans tous les•endroits où on le parle hors de France. Dans plusieursautres parties de l’Europe il y a autant & plus de lan-gages dìfférens que d’Etats, Sc l’on compte en Italiedix ou douze dialectes, dont quelques-uns font pres-que auísi dìfférens de ce qu’on appelle l’Italien vul-gaire , qu’ils le font du François ou de l’Espagnol ;de sorte que les Italiens font étrangers dans leur pro-pre pays.; Sc les François 11e le font pas par rapportau langage, même hors de France. En Hollande ,les Matelots de Rotterdam, & des bords de la Meu-se , n’entendent pas en bien des choses ceux d’Ams-terdam Sc des cotes du Zuyder-zée. Ceux qui saventle Castillan, n’entendent point le langage de Cata-logne Sc de Cerdagne , qu’on parloir aulsi dans toutle Rouffillon il y a soixante ans. La langue Alleman-de n’est pas la même en Suisse, dans le Jutland, dansla basse Allemagne & à Lubec. La Bohême, la Hon-grie , la Croatie, &c. font des pays soumis à l’Em-pereur Sc limitrophes de l’Autriche, Sc cependantl’on y parle des langues différentes de celle qui sieparle à Vienne. Le Roi de Suède, - quand il parle falangue naturelle , ne sautoir le faire entendre de sessujets qui font en Poméranie, en Livonie Sc en La-ponie. Il en est à peu près de' même du Roi deDa-nemarck, par rapport à ses sujets de Laponie, desmontagnes de Norvège & de l’Isiande ; mats au con-traire , à Québec, dans la Louisiane, à la Martini-que , à Saint-Domingue, à Pondicheri, Sc. an parlele même langage qu’à Paris Sc dans tout le reste dela France ; c’est l’avantage que produit l’union par-faire de toutes les parties de la Monarchie. Aprèscela les étrangers ont-ils raison de nous reprocher 1*difficulté qu’il y a à apprendre le François ? Quandelle seroit aussi grande qu’on le dit, une langueauísi belle, & qui seule peut suffire pour le com-merce , Sc pour les Sciences, mérite bien qu’on Rap-prenne.
Ce seroit ici le lieu de dire quelque chose de l’or-thographe, de la prononciation & de la versificationFrançoise. On trouvera ce qui regarde ces ma-tières aux mots d’ORTH-OGRAPHE, de Prononcia-tion Sc de Versification.
Veye \, fur ce qui regarde k François , les Re-marques de Vaugelas, Sc les Observations que M*Corneille a faites fur ces Remarques; les Rcmat'-ques du P. Bouhours, tant les premières que l cSnouvelles; les Doutes d’un Gentilhomme Bas-Breto»par le même Père , Sc l’entretien fur la langue Fra n 'çoije qui est le second des Entretiens d’Ariste ^d’Eugène; les Observations de M. Ménage , ses Ety-mologies ; celles qui se trouvent parmi les lettresM. Huet, dans une lettre qu’il écrivoit à M. M _nage ; la Grammaire Françoise de M. l’Abbé Regnis ’celle du Père Bustier, Jésuite; les deux discoursM. l’Abbé de Dangeau, l’un fur les voyelles, l’aU"^fur les consonnes; les Principes généraux Sc ra j*nés de la Grammaire Françoise de M. Restaur.lecture de ces livres est nécessaire à ceux qui vem esavoir parfaitement le François .
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