Band 
Tome sixieme. [MIT - PRO.]
Seite
91
JPEG-Download
 

MOU

Vôtre liberté ? Tour. c’est-à-dire, aucune action , au-cun effort. On dit, il s’est donné bien du mouvementlà-delfus, en parlant d’un homme d’intrigue qui a faitjouer toutes sortes de restbrts pour réuiìîr dans upeaffaire. Bouh. On dit au contraire , qu’un homme nes’est donné aucun mouvement pour une affaire ; pourdire , qu’il ne s’est point remué.

Le Pape emploie quelquefois, ou dans les provi-sions qu’il accorde, ou dans les Bulles Sc Brevets quiémanent de lui immédiatement, ces termes, de notrepropre mouvement ( motu proprio.) Cette clause dansl’etprit de la Cour de Rome, signifie , de ía pleinepuiffance, de la íouveraine autorité, de l’infailìibilitéqu’il a reçu du S. Esprit. C’est pourquoi elle a toujourscte odieuse en France ; Sc .les Parlemens l’ont regardéecomme donnant atteinte aux libertés de l’Egliíe Galli-cane. On fe souleva en effet contre cette clause en1623 & 164(1. Le Pape avoir aullì employé ces motsdans le Bref du 12 de Mars 1699 , par lequel il con-damne vingt-trois propositions tirées du livre de l’Af-cheveque de Cambrai : mais le Parlement, dansl’Ar-rêt rendu le 14 d’Août 1699, par lequel il ordonnel’enregistrement de ce Bref, a ajouté cette restriction,que c’est lans approbation de la clauíe, que le Bref aete donne du propre mouvement de sa Sainteté.

§ 3 “ Mouvement , fe dit aussi dans les Arts. En Rhéto-rique & en Poésie on appelle mouvemens , les figuresou expressions véhémentes & pathétiques, propres àmouvoir, à exciter les grandes pallions. Animos in-flammare , movere affectus excitare , commovere, lly a de grands mouvemens dans cette pièce. On admirelur-tout dans Démosthène ce ton de grandeur & demajesté, & ces mouvemens animés qui soutiennent sondilcours. Boit. Les grands mouvemens íont défendus ài’Historien, dont le devoir est d’écrire lans paillon.

Le P. Lamy. La vraie éloquence 11e donne pas feule-ment de la grâce Sc de la beauté au discours , niais dela vie & du mouvement. Bal. C’est la liberté qui ins-pire ces pensées sublimes, & ces nobles mouvemensqui font toute la pompe & la magnificence du dis-cours. S. Évr.

A? Si nous n’avions pour auditeurs , dit l’Auteur def Essai lur le Beau, que de pures intelligences, ou dumoins des hommes plus raisonnables que sensibles ,nous n’aurions pour les satisfaire qu à leur montrer lavérité toute simple. Elle auroit par elle-même de quoiles charmer par fa lumière , par l’ordre des principesqui la démontrent, ou par celui des conlequences quicn naissent. C est la seule beauté qu on demande à unouvrage de Mathématique. Mais dans la plupart denos dilcours , nous avons à parler à des hommes bienplus sensibles que raisonnables, qui ne veulent rienentendre que ce qu ils peuvent imaginer, qui croientne rien connoitre que ce qu’ils peuvent sentir, qui nele laissent persuader que par des mouvemens qui lestransportent ; en un mot , à des hommes qui íe dé-goûtent bientôt d’un discours qui nc dit rien à l’ima-gination ni au cœur.

Cette disposition ne doit pas étonner. L’imaginationde le coeur font des facultés aullì naturelles à l’hommcque 1 esprit & la raison. Il a même pour elles une pré-dilection qui 11’est que trop marquée. Peut-on espérerde lui plaire fans leur présenter le genre de beau quileur convient, soit à chacun en particulier , soit aucomposé qui résulte de leur assemblage ? ,

11 saut donc , dans un discours, non-seulement direla vérité pour contenter l’eíprit, il faut la revetit «Li-mages pour mettre l’imagination dans ses mterets,l ac-compagner de (entimens pour la faire goûter au cœur,1 animer pat des mouvemens convenables pour 1 in-i traduire clans l’ame avec plus de force.

Ainsi le beau, que nous appelons naturel, parcequ il est fondé fur la construction même de notre na-ture, le divise en trois espèces particulières , qu ilfaut bien distinguer. Le beau dans les images ; le beaudans les sentimens-, (Voye^ Image & Sentiment) &le beau dans les mouvemens.

' Ces mouvemens , qu’on appelle pathétiques, c est-

à-dire, ces sentimens vifs & animes, suivis & pouf-

M O U

91

sés avec une espèce de transport spirituel pour émou-voir lame d’un auditeur ou d’du spectateur par rap-port aux objets qu’on lui présente, ne doivent guereparaître que dans les pièces dramatiques, ou qui tien-nent de ce genre par les circonstances, dans un dil-cours adreíîé à un auditoire nombreux Sc distingué,cn un mot, fur les grands théâtres de l’Eloquence oude la Poche. C’est alors au goût général de la nature ànous décider fur l’efpèce de beau qui doit les animer.

Or ce que nous admirons naturellement, ce que nousaimons dans ces mouvemens du discours que nous ap-pelons pathétique, c’est le fort Sc le tendre ; deux es-pèces de pathétique qui font évidemment les deuxgrands mobiles d u cœur humain. Le fort nous réveille,ncus applique , nous détermine : le tendre nous attire,nous engage , nous fait déterminer par nous-mêmes.

Le fort nous subjugue , pour ainsi dire, par la voie desarmes : le tendre nous sollicite, nous gagne, nous prendpar intelligence Sc par composition.

|CP Pour imprimer à ces deux gentes de mouvemens pa-thétiques ce merveilleux qui nous enlève dans certainsAuteurs , le grand art, & le seul art, est de savoir scmettre dans les situations d’efprst Sc de cœur, qui lesenfantent, pour ainsi dire, fans effort, du sein de lanature. Autrement , tous les mouvemens les mieuxfigurés ne íeroienr aux yeux des spectateurs que desconvulsions de Rhéteur, qui les glaceraient au lieu deles enflammer; des grimaces de Comédiens qui feraientrire ; ou des emportemens d energumene qui feraienthorreur : cn un mot, ils doivent naître d’un certaintransport de l’ame , qu’on appelle feu, enthousiasme »fureur divine, lans laquelle, disent les Maîtres del’Art, il n’y a jamais ni de véritable Eloquence, nide véritable Poésie.

Mais pour que les images, les sentimens, les mou-vemens pathétiques, forment dans un ouvrage d es-prit un beau véritable, il siiut qu’ils y conviennent : ilfaut que ces ornemens naturels du discours íe trou-vent appliqués fur un fonds qui en soit digue, ou dumoins qui n’en soit pas indigne par quelque difformitéchoquante. Car les grâces ne íonr pas faires pour pa-rer la laideur. Le beau elîenciel du discours ( P r oyepBeau dans les ouvrages d’efpric. ) doit donc êcrcin-dispensablement le fond du beau naturel dont nousparlons. La vérité, l’ordre, 1 honnête & le décent fontdes beautés nécessaires que les images , les senti-mens , les mouvemens pathétiques ne doivent jamaisperdre de vue. Conséquemment, à proprement par-ler , les images 11e sont belles dans un discours quad-rant quelles parent la vérité : les sentimens n’y fontbeaux, qu’autant qu’ils ont pour objet la vertu: Sc siles mouvemens pathétiques n’y font pas employés pourporter uniquement à ces deux fins elîenrielles de ) hom-me , c’est:, pour ne rien dire de plus fort, un orne-ment déplacé qui ne choque pas moins le bon goûtque le bon sens Sc les bonnes mœurs. Voye\ encoreExpression, Tour, Style.

Mouvement, fe dit eu Médecine du battement du cœur,& des artères de la circulation duffang, qui four lesprincipes de la chaleur Sc de la vie. Motus cordis &arteriarum. Il le dit aullì du cours des esprits animaux,& de l’agitation des humeurs. Le mouvement trop ra-pide des esprits animaux emporte í’imaginadon troploin. Cc remède a remué les humeurs, & les a milesdans un trop grand mouvement. Les mouvemens del’ame luivent le mouvement des esprits animaux. Viu.Mouvement ,fe dit encore des gestes, de la contenance.Motus , geftus. On doit bannir dc la Comédie les mou-vemens lascifs & efféminés. Dac. Montagne dit en par-lant de l’amour. Le mouvement détraqué de la boiteuse

y apporte plus de plaisir.

Mouvement , fe dit auìh en Musique, de la manière dcbattre la mesure pour preilcr ou ralentir le rems dela prononciation des paroles, ou du jeu marqué parles notes. Motus ad numerum. Les pièces de pleinemesure , ont un mouvement diffèrent de la mesure ter-naire. C’est le mouvement qui fait différer la courante,la sarabande, des gavottes , des bourrés, des chacon-nes, &c. On le dit aullì dans la danse, des diverses agi-

M ij