246 T UN TUN
Mais depuis environ cent ans les Gouverneurs de laCochinchine ont uíurpé Tautorité Royale. Ils font pour-tant encore tributaires des Rois de Tunquin. Maty.On va voir tout à f he ure le sentiment contraire.
L’origine du Royaume de Tunquin est très incer-taine & très-douteufe, & ni les Historiens, ni les rela-tions ne font point d’accord fur cela. Ce Royaume areçu autant de noms distérens qu’il a été connu de dif-férentes nations. Les plus connus font An Nam , c’est-à-dire, Repos Austral ; Tum Kinh> Cour Orientale ;Cao Ci , peuples aux doigts tortus ; surnoms que leurdonnerent les Chinois , quand ils les menerent prison-niers à la Chine, après avoir remarqué ce défaut en laçlûpart de ceux de ce pays, & qui s y est conservéjufqu’à-préfent en quelques familles. Ce nom s’est auíïìconservé depuis pour marquer une partie de cettemême Monarchie de la Chine, que nous appelonsCochinchine, & qui passe à présent pour un Royaumeséparé. Et même les plus anciens Cofmographes, parun défaut de connoislance du pays, nous représententindifféremment dans les cartes marines ce grand espacede terre qui ssetend entre la Chine & le Ciampa, fousle nom de Cao Ci. Quelques autres qui ont eu égardaux lèvres de ce peuple, qui font extraordinairementrouges , à cause du bétel, dont ils fe fervent commu-nément en machicatoire, lui donnent le nom de XicQui j qui signifie démon rouge : mais ceux-ci appâ-tent le Royaume, en leur langue, D ay Viet, nomque les Chinois donnent à leur Empire à f exclusiondes autres, puisque , selon leur idiome, D ay Minhsignifie la même chose que D ay Viet, c’est-à-dire,Grande clarté. En Europe nous ne l’appelons point au-trement que Tunkin ou Tunquin. Ce pays prit le nomde Royaume, lorfqu’un neveu ou un fils d’un secondEmpereur de la Chine s’en mit en posselïïon. Les Tun-quinois appeloient cet Empereur Tan No u , c’est-à-dire, Inventeur de Tissage de la charrue. Je ne fais quipeut être ce Tan Noiij Empereur de la Chine , si cen est Ta Nao, qui vivoit fous Toam Ti t le premierdes Empereurs que le P. Couplet nous ait fait connoîtredans ses Tables Chronologiques de la Chine, & quirégnois , dit-il, 2697 ans avant J. C. mais réellementbeaucoup plus tard, puilque s’il avoir régné 2697 ansavant J. C. il auroit commencé à régner plus de 300ans avant le déluge. Le nom de Ta Nao convient al-fez avec celui de Tan Noiij & de plus ce Ta Nao aussiétoit un homme à inventions, & habile dans les Arts,puisque Hoatnti fe servit de lui peur perfectionner lecycle sexagénaire: mais Ta Nao n’étoit pas Empereur,& les Tunquinois disent que Than N ail l’étoir. Cepourroit être encore Yao , que Ton nomma autrementThani & Tao , & qui ielon le P. Couplet, c’est-à-dire,lelon les Chinois, régnoit environ 2390 ans avant J.C.ce qui feroit 22 ans après le déluge, mais Yao, ouTham n’est pas un second Empereur de la Chine, maisle cinquième de fa famille. Cette qualité du secondEmpereur conviendroit peut-être mieux à Ta Nao :car il paroît que l’Empereur Hoam Ti se servoit delui dans des astaires importantes, ce qui pourroit sa-voir fait appeler second Empereur, comme s’il eût étépremier Ministre , & qu’il eût gouverné fous l’Empe-reur. Quelques Historiens disent que fous PEmpereurChinois Lim Varn , ou Cham Vain, le Tunquin étoitune elpèce de République révoltée contre la Chine,a laquelle elle refufoit le tribut qu’elle avoit aupara-vant payé. Cet Empereur Lim Vam régnoit Tan 1114avant J.C. selon les Tables Chinoises du P. Couplet.
Les Tunquinois divisent leur Empire en 16 Royau-< l L Jss s devroìent appeler Provinces. Il a été di-vile en sept Provinces, puis en cinq gouvernées parde petits Souverains. Ils le divisent encore en troisparties, qui font le Tunquin } la Cochinchine, & leCiugingne. Les principales Provinces & les plus renom-mées font au nombre de six. Il y en a deux que Tonnomme Guiaom & Thign Hod. Les quatre autres fedivisent selon les quatre vents principaux à l’égard dela ville capitale, & fe nomment, la Province du levant,du couchant, du sud. On y compte 8645 , tant bourgsque villages, fans y comprendre quantité de hameaux,
qu’òn y appelle Thon, & dont le nombre estprefqu’m-fini, de forte qu on y prendroit plutôt cette grandediversité, ramassée comme elle est, pour un Royaume& une grande ville , que pour des villages. La plusgrande partie du Royaume consiste en de grandes &lpacieules plaines , qui ont cent milles d’étendue, avecdes montagnes tout à Tentour qui lui fervent de mu-railles. Les Tunquinois au lieu de milles, comptentpar journées, & disent que leur Royaume a de lon-gueur 50 journées d’homme à pied, & 20 de largeur*Le pays est fort arrosé par les eaux que fournisiènt lesmontagnes. Les rivières y débordent tous les ans. Ily a des mines dor Lc d argent, & des bois extraordi-naires dans les forets. Voye\ la relation du Tunquin.par le P. Marini Romain. Elle a été traduite en notrelangue, & imprimée à Paris en 1666. i/z-4 0 .
Nous mettons toujours Tarticle devant ce nom. LeRoi du Tunquin j aller au Tunquin , revenir du Tun-quin ; cependant le Traducteur de la Relation du P.Marini ne le met point, au moins au génitif, &il dit:les forces du Royaume de Tunquin. La Cour de Tun-quin, L État de Tunquin. Je ne crois pourtant pas qu’ildît, Aller à Tunquin , ou en Tunquin , ni venir deTunquin.
TUNQUIN, ine. f. m. & f. adj. Qui est du Royaume deTunquin, qui y appartient. Tunquinenfis. Le Traduc-teur de la Relation du P. Marini emploie quelquefoisce mot au lieu de Tunquinois. Les Tunquins font gensde bonne chère. C. 3. La langue Tunquine est en usagechez le peuple Ay, quoique .Ton s’y serve ordinaire-ment d’un dialecte particulier, & tout-à-fait différentde celui de Tunquin. C. 2.
TUNQUINOIS, oise. f. m. & f. Qui est de Tunquin»Tunquinenfis. Les Tunquinois font' d’une complexionforte & robuste. Les hommes y font de différentetaille, grands, médiocres, ou petits, mais du reste forttien proportionnés, & d’un bon tempérament!, avecles traits du visage fort justes & fort agréables. Ceuxqui demeurent dans les villes, font plus blancs quebruns ; mais les paysans font presque tous d’une cou-leur olivâtre. Au reste ils font infatigables, mais la faim,fur tout le reste, leur est insupportable. Ils ont Tefpricfort bon , & la nature les a favorisés d’une mémoireíi heureuse, qu il^ n est peut-être point de nation quies , lurpaíie. Ils n étudient & réécrivent jamais rienqu en chantant, pour fe Timprimer mieux dans Telprit.Les Tunquinoijès de condition font fort modestes ;mais les femmes de balle condition font libertines. LesDames Tunquinoijès vont nus pieds, & à la réservedu visage & des mains quelles ne couvrent point,elles marchent dans une grande modestie fous ungrand habit de la forme quasi d’une soutane , fortétroit vers le cou , & qui les couvre depuis les épaulesjufqu’aux pieds, avec un chapeau fur la tête au lieu devoile, dont les bords font extrêmement larges & so-lides > & que Ton prendroit plutôt pour un parasol,fait de certaines feuilles d’arbres, qui croissent dans lepays, que Ton fait ajuster fort proprement pour cetusage , & dont on orne fort agréablement le dedansd’un ouvrage de fil à réseaux fort délicat , qu’ellestirent d une certaine elpèce de cannes , & qui íevendent chaque pièce une somme considérable. Ellesf attachent par délions 1e menton avec un ruban fortjoli entrelaílë de la même canne, & dont les deuxbouts ne descendent pas de la forme du chapeau, mai$des^ extrémités des deux côtés des bords, où elles lesarretent si bien, que quelque violent que soit le vent»il ne le peut jamais jetter par terre. Il est très-com-mode & très-léger. Leurs habits font, ou de toile dsbougran très-fine, de coton, ou de foie, ou d’une ef*pèce de lin différent du notre, & q U j vient de la Chine »ils le nomment Bo. Leurs habits font toujours très-lé -gérs , parce qu’à ia referve de très-peu de jours aux-quels le froid est rres-violent, la chaleur est extrêm etout le long de 1 annee : hommes & femmes fe noir -cilsent les dents, &^la p] us g ran de noirceur y est I®plus estimée. Lorsqu ils croient fous la domination desChinois, ils portoient les cheveux retroussés ; depuisqu’íls s’en font affranchis, ils les laisse.nt négligemment